Il y a des infos qui en disent long. Au fil d’un article du Figaro, nous apprenons donc que les dossiers brûlants de l’actualité sociale ont changé de main. Bêtement, je pensais que Montebourg et Sapin en avaient la charge, au moins en parole. Mais les haussements de col, les roulements de muscles sous la marinière semblent avoir épuisé leurs effets sur le moral des salariés sinon de l’ensemble des habitants de ce pays, Français comme immigrés, avec ou sans papiers.

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Malgré les rodomontades d’un tel et les discours apaisants de tel autre, le temps est à l’orage. Et la presse commence à s’en faire l’écho. Ainsi, Le Point cite Manuel Valls, sinistre de l’Intérieur plus connu pour la reconduite à la frontière des citoyens européens Rroms ou la chasse aux sans-papiers. C’est à lui que revient de parler de la grogne sociale. S’inquiétant des risques d’« implosions ou explosions sociales », il a doctement expliqué : « La colère sociale, avec les conséquences de la crise économique et financière, la précarité, le chômage, les plans de licenciement, elle est là, elle gronde depuis des années ». Pour conclure que ses services étaient mobilisés, comme l’a révélé quelques heures plus tôt le quotidien de Serge Dassaut. Pour le coup, il fait tirer sur les ArcelorMittal à Strasbourg.

Il a raison de s’inquiéter, le bougre, et avec lui ses amis du dîner du Siècle et autres parasites engraissés aux dividendes du CAC 40. Je veux, pour preuve de cette angoisse qui gagne les gras, les nantis, les nouveaux ci-devants qui ont troqué la particule pour le portefeuille d’actions, les propos des éditorialistes pseudo économiques. Il fallait entendre le préposé à la doxia libérale de Itélé, mardi 5 février aux alentours de 8h20, tailler en pièces « l’utopie (sic) » de l’usine sans ouvriers chère à Serge Tchuruck dans les années 90. Pour finir en citant Marx pour faire bon poids. Mercredi 6, c’est son homologue de BFM TV qui reprenait l’assaut en saluant la sortie de Wall Street annoncée par Dell.

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Ils tremblent et comptent leurs abatis. Avec raison. Le dernier témoignage de cette grogne qui suinte partout, suite aux renoncements coupables du parti socialiste au pouvoir, c’est ce sondage qui fait froid dans le dos. Près d’un Français sur trois, 32 % pour être précis, se sent proche des idées du Front national. Ce niveau historiquement le plus haut est inquiétant parce que, auparavant, le niveau d’adhésion reculait après les élections. « Ce qui est frappant, c’est qu’il n’y a pas de décrue post-électorale » comme cela pouvait être le cas après les présidentielles de 1995 ou de 2002, souligne à l’AFP Emmanuel Rivière, directeur du département Opinion chez TNS-Sofres.

Nous vous avions prévenu durant la campagne électorale : une course de vitesse est engagée entre l’extrême-droite et la gauche de combat. Chaque capitulation de la sociale-démocratie ouvre une nouvelle brèche dans le mur qui sépare le peuple du camp de la haine. En outre et selon une stratégie déjà bien rodée, l’oligarchie, après avoir sous-traité la casse sociale à la sociale-démocratie aveuglée par ses propres certitudes, n’aura aucune espèce de remords à confier la liquidation de la classe ouvrière à l’extrême-droite.

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Pourtant, quand la classe ouvrière abandonnée du gouvernement s’organise, avec ses syndicats et ses partis, elle est belle, fière et digne ! Je l’ai vue de mes yeux mardi 5 février, devant les grilles fermées par la direction de l’usine PSA d’Aulnay. Dans le froid glacial de cet hiver politique, nous nous tenons chaud tous ensemble : PSA, Renault, Presstalis, Virgin, Goodyear, Sanofi, Petroplus… Pas un mot de haine, que des déclarations fortes d’unité, de combat, d’amour pour l’autre. Les producteurs de biens comme d’idées, de services comme de lien social, ces fiers prolétaires constituent notre avenir commun. A celles et ceux qui ne croient pas qu’il y ait de la place pour l’industrie en France, il faudrait écouter les salariés défendre leur outil de travail et parler des projets de développement de leur activité.

Je l’ai encore vécu hier avec les Presstalis. J’ai eu l’occasion d’échanger sur ce sujet avec des PSA ou des Renault. Mi hermanito fait le même travail aux côtés des Fralib. A ceux qui savent les entendre, il y a de l’intelligence, de la créativité, du talent parmi les ouvriers. Face à l’autisme gouvernemental, ils sont juste contraints de trouver de nouveaux moyens pour se faire entendre.

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Et les gras actionnaires ont toutes les raisons de s’apeurer. Parce que nous ne voulons pas d’Aube dorée en France, nous ferons jaillir notre soleil rouge !

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Bonus vidéo : John Lennon « Working Class Hero »