Ça y est, le bouillon de la retraite est sur la table. Il est clair, à peine quelques fanes et yeux de graisse à la surface du bol. La « concession » sur la pénibilité masque mal que la « réforme structurelle, juste, équitable » est une vraie réforme injuste, inégalitaire, désastreuse pour les salariés. Ce brouet indigeste – dans la droite ligne du précédent servi par Fillon – s’en prend au pouvoir d’achat et retarde encore, vraiment, le départ en retraite des salariés, quelle que soit la catégorie à laquelle ils appartiennent. J’ai fait mon calcul : pour avoir droit à une pension à taux plein, je devrais travailler jusqu’à 69 ans. Bref, c’est un vrai recul social auquel le gouvernement solférinien vient de se livrer. En clair, le socialiste Mitterrand a été élu pour faire la retraite à 60 ans, les solfériniens viennent d’enterrer une deuxième fois celui qui devrait être encore leur inspiration.

Manifestation contre la réforme des retraites

Certes, l’âge de départ officiel à la retraite ne change pas. Peu importe d’ailleurs. Dans le secteur privé, 60 % de ceux qui prennent leur retraite ne sont plus au travail, ils sont au chômage, en maladie ou en invalidité. Les deux éléments majeurs de la contre-réforme solférinienne sont donc l’allongement de la durée de cotisation et la hausse des cotisations des salariés et des entreprises. Sauf que, pour ces dernières, n’est toujours pas remise en cause l’exonération des cotisations part employeurs pour les salaires inférieurs ou égaux à 1,5 fois le SMIC. On voit donc que ce sont toujours les mêmes qui sont mis à contribution, ce qui caractérise une politique de classe favorable aux actionnaires et aux entreprises. Mais la contre-réforme solférinienne est aussi la marque du renoncement. Contrairement aux grands cris du ministre en charge du dossier, Michel Sapin, le gouvernement a accepté qu’il n’y aura pas de retour au plein emploi.

Contrairement à l’appel lancé par 3 000 socialistes, il refuse aussi de lutter sur le front de la répartition des richesses. L’appel initié par Maintenant la gauche précise en effet :

La France n’a jamais été aussi riche et les richesses aussi mal redistribuées. En 1982, les dividendes percevaient 3,2 % du produit intérieur brut. En 2011, ils se partageaient 9,3 % du PIB. C’est 180 milliards d’euros par an, versés aux actionnaires, après que les entreprises ont effectué leurs investissements productifs. 180 milliards dont la plus grande partie ira gonfler de nouvelles bulles spéculatives plutôt que de financer nos retraites et augmenter les salaires.

Alzheimer sévit rue de Solférino
Alzheimer sévit rue de Solférino

Les profits immenses réalisés par les entreprises, notamment au travers de la spéculation, sont toujours à l’écart de la contribution à la solidarité nationale. Le MEDEF peut donc se frotter les mains, d’autant que les prévisions des instituts de prospective sont – malgré la crise – encourageantes. En 40 ans, le Produit intérieur brut (PIB – total des richesses produites en une année) de la France a doublé. Le Comité d’orientation des retraites, où les néo-libéraux sont majoritaires, prévoit qu’en 2050, le salaire moyen global aura augmenté de 50 %. Et la richesse aussi, puisque la France est le pays le plus productif au monde selon les « experts » nord-américains, peu suspects de sympathies progressistes…

De fait, comme le souligne Sébastien Crépel dans son éditorial pour l’Humanité, cette contre-réforme constitue « un marché de dupes » :

Pour 
les salariés, le droit au départ même maintenu dans les textes à 62 ans signifierait dans les faits une nouvelle dégradation du pouvoir d’achat des retraités et des actifs, accentuée par le transfert même partiel des cotisations sociales vers la CSG.

Retraites il va falloir pousser fort

Ce constat lucide illustre bien le vrai but du gouvernement, dans la droite ligne de la réforme Fillon de 2010. Il ne s’agit pas de sauver le régime de retraite par répartition. Les faits sont têtus : 40 % des salariés du public et du privé n’ont pas le nombre d’années suffisant pour bénéficier d’une retraite à taux plein et subissent une décote, surtout les femmes. Le vrai objectif de la contre-réforme solférinienne reste la libéralisation du « marché » de la protection sociale, en premier lieu celui des retraites. C’est que la France est en « retard » en matière de retraite par capitalisation (c’est-à-dire basée sur des placements en bourse, les fameux fonds de pension). C’est ce que résume Bernard Teper, du réseau Education populaire et spécialiste de la question :

Le fonctionnement néo-libéral, qui prévaut depuis 40 ans, c’est la privatisation des profits et la socialisation des pertes. Si l’on adapte ce postulat aux retraites cela donne deux conséquences. La privatisation des profits c’est la capitalisation comme mode de financement des pensions pour les classes moyennes supérieures. La socialisation des pertes, c’est faire semblant d’aider les pauvres avec des politiques d’assistance. Le pauvre devient un sous-citoyen qui n’a pas les mêmes droits que les autres.

Contre la réforme des retraites

Pour contraindre gentiment les Français à recourir à la capitalisation, quoi de mieux que de réduire le montant des pensions et de rendre inaccessible la retraite à taux plein ? Ils choisiront alors d’eux-mêmes de se livrer pieds et poings liés aux fonds de placement. Pour lutter contre cette perspective, pour répondre à la déclaration de guerre lancée par Solférino au monde du travail, rendez-vous dans la rue le 10 septembre !

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Bonus vidéo : « Too Old To Work »