L’avenue de la Grande-Armée a été bouchée lundi 18 mars. Quelque 300 salariés de PSA, essentiellement d’Aulnay mais avec des renforts venus des sites de Saint-Ouen et Poissy, sont venus manifester leur opposition à la fermeture du site séquano-dyonisien et donc à la suppression de 3 000 postes de travail. Cette manifestation constitue la réponse des salariés en grève depuis plus de deux mois à un Comité central d’entreprise (CCE) qui relève plus de la communication qu’autre chose.

Manifestation des salariés de PSA avenue de la Grande Armée le 18 mars

En effet, au cours de cette réunion du CCE, les syndicats ont été invités à exprimer un avis, la signature du PSE (plan de sauvergarde de l’emploi – on ne rit pas) est annoncée, au plus tôt pour le 12 avril. La quasi-totalité des organisations ont déjà exprimé leur point de vue sur le plan social, notamment par voie de presse. Cette réunion n’avait donc pas lieu d’être, si ce n’est pour draper d’un voile de concertation une décision envisagée depuis 2006 et arrêtée en 2011.

Au final, CFE-CGC, CFTC, FO, SIA/GSEA et CFDT ont collaboré à la stratégie de communication mise en œuvre par la direction de PSA autour d’un simulacre de dialogue social. Ils ont donné un avis favorable par 15 voix contre 4 et 1 abstention. Seule la CGT a donné un avis défavorable, l’abstention est celle d’un élu CFDT. SUD ne siège pas au CCE et n’a donc pu voter. Il faut noter que la CFDT Aulnay est en opposition au syndicat CFDT de PSA et soutient la grève et les actions de lutte quasi quotidienne. Mais PSA s’est fait une spécialité de la division pour mieux imposer ses décisions.

Manifestation des PSA avenue de la Grande Armée le 18 mars

Elle continue d’ailleurs à mener tambour battant sa campagne de communication sur les mobilités temporaires. Dans les réunions officielles avec le facilitateur, PSA a annoncé 1 500 places sur Poissy. Le voile s’est levé lors du Comité d’entreprise du vendredi 22 février puisqu’il ne s’agit plus que de 570 postes à Poissy et 140 à Sochaux. Les « places » pour la mobilité provisoire sont le reflet de la capacité réelle de reclassement au sein du groupe. Mes contacts à Aulnay m’expliquent :

Il est clair que PSA a menti pour la capacité de reclassement sur Poissy. Aujourd’hui PSA n’arrive pas à répondre à la demande pour la mobilité provisoire. 850 demandes ont été déposées et 710 places sont proposées.

Manifestation des PSA avenue de la Grande Armée le 18 mars 2013

Rappel : PSA Aulnay emploie 3 000 salariés… Selon Philippe Julien, secrétaire CGT d’Aulnay, « les 3.750 postes de reclassement évoqués par la direction, c’est du flan! S’ils ont vraiment des possibilités de postes, que la direction les mettent dans l’accord et que le gouvernement contresigne« .

En passant, la campagne « mobilité provisoire » permet de « vider » l’usine d’Aulnay de ses salariés. Ce qui a surtout pour but de diminuer le nombre d’ouvriers en contact avec les grévistes, prévenant donc une éventuelle contagion. Le mouvement s’est accéléré fin février-début mars. Les 290 intérimaires ont quitté Aulnay. Les véhicules (non finis) sont évacués de la chaîne de production sans que d’autres rentrent. D’autres services en charge de la fonction commande aux fournisseurs ont reçu l’ordre d’annuler toutes leurs opérations. Les services essentiels au fonctionnement de l’usine d’Aulnay se vident de leurs personnels. Un de mes contacts me résume les choses : « A la fin de semaine, Aulnay sera une usine vide sauf les 200 salariées en grève et, bien sûr, les pots de fleurs ».

Répression de la manifestation PSA avenue de la Grande Armée 18 mars 2013

Qui dit « usine vide » dit « anticipation de la fermeture » du site d’Aulnay. Après la brutalité de l’annonce, entre une campagne de communication d’une efficacité redoutable et le renoncement coupable du gouvernement et de l’ensemble des collectivités dirigées par le parti dit « sérieux » concernées, PSA pourrait donc fermer Aulnay encore plus vite qu’annoncé. Si… Si le talon de fer du silence imposé sur la lutte des PSA se maintient. En tous cas, les grévistes ne lâchent rien. Ils étaient encore avenue de la Grande-Armée hier.

Pendant ce temps-là, palme du cynisme : PSA propose à ses collaborateurs un livret « exceptionnel » avec sa banque. Oui, celle que le gouvernement a renfloué à hauteur de 7 milliards et des brouettes.

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Toutes les photos illustrant cet article sont de mon ami TheLeon Vitali. Retrouvez son reportage sur la mobilisation des PSA le 18 mars ici.

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Bonus vidéo : The Chemical Brothers « Out Of Control (Feat. Barney Summers) »