Ca suffit ! Là, ce vendredi me trouve au bord du point de rupture. Ça court, ça court en tous sens, ça court surtout pour rien. Alors, voilà : stop ! Retour aux bases. Récupérer le dossier mp3 qui va bien, clic droit, « lire avec vlc ». Wovenhand. The Laughing Stalk. A trois mètres en face, Laurent opine du chef. Faut dire que ce septième album du projet mené par David Eugene Edwards a juste la charge d’énergie et de tension propice à ces temps de crispation.

Au départ donc, David Eugene Edwards. Le nom ne vous dit probablement pas grand chose. Si je vous 16 Horse Power, là, peut être… Ca y est ? David Eugene Edwards est un rescapé de ce groupe assez culte dans la scène indie d’outre-Atlantique. Pendant quelques années, de 2001 (première scène) à 2005 (split de 16 Horse Power), l’auteur-compositeur-chanteur-guitariste va mener les deux projets de front. Depuis sept ans, il se concentre sur Wovenhand, vite baptisée alternative country par les journalistes en besoin de rayonnages.

De country, il en est question, forcément. Les journalistes ne sont pas tous cons, loin s’en faut. Elle se glisse, version Johnny Cash, dans les guitares, le banjo. Des ambiances cinématographiques, une tension épique charge de cavalerie dans les plaines arides de l’Arizona. La déboulée de l’ouverture Long Horn (on dirait une vache) illustre l’à-propos du qualificatif. Mais Wovenhand c’est un petit plus que cela aussi. Une rythmique tellurique, batterie jouée pour l’essentiel sur les toms par Ordy Garrison. Ca plombe tout de suite une ambiance. Option lourdeur. Les plus anciens, ma génération quoi, pourront aisément penser à The Mission. Ce ne sera pas insultant.

Puis, il y a ces glissades acides, remontées le long du manche de la six cordes, qui déchirent le bel ordonnancement d’une mélodie a priori calibrée pour agréer à l’ouïe du chaland. Au fil des neuf titres de cet opus ramassé, compact même, reviennent sans cesse cassures, fausses pistes, emballements. Comme le moteur hoquetant d’une vieille bagnole cahotant sur les pistes défoncées du désert. Malgré les coups de froid, c’est une chaleur de plomb qui s’abat depuis les haut-parleurs. Qui laisse l’auditeur suintant, hagard, le souffle court.

Même le chant n’échappe pas à la volonté délibérée du quatuor de te perdre ami auditeur. Tour à tour, guerrier, plaintif, déclamatoire, il constitue bel et bien un instrument de plus dans l’harmonie développée entre riffs acides, glissades de claviers et percussions déchainées. King O King s’affirme comme une sorte de climax paroxystique aux accents heavy dans cet ensemble chaotique. Pour les spécialistes, ce Laughing Stalk apparaît comme une évolution assez radicale dans le projet Wovenhand. Peut être que l’arrivée d’un nouveau guitariste et d’un bassiste y ont contribué. Je ne suis pas assez spécialiste d’icelui pour confirmer ou infirmer.

La seule chose que je sache, c’est que cet opus remue sacrément les tripes. Le travail de production réalisé par Alexander Hacke, connu pour ses interventions avec Einstürzende Neubauten y contribue puissamment. Oui, il y a une puissance mystique dans cette affaire. Difficile de ne pas se laisser aller, yeux clos, à des transes chamaniques, de ne pas ressentir ces éclairs sauvage évoqués en d’autres mots et d’autres temps par Antonin Arthaud dans les Tarahumaras. Il y a comme une énigme que seule l’émotion primale peut dépasser. Merci David Eugene Edwards.

Wovenhand The Laughing Stalk
(Glitterhouse Records / Differ-Ant)

1 – Long Horn
2 – The Laughing Stalk
3 – In The Temple
4 – King O King
5 – Closer
6 – Maize
7 – Coup Stick
8 – As Wool
9 – Glistening Black

Le site non officiel de Wovenhand est là.

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Bonus vidéo : Wovenhand « Glistening Back »