« Je suis le dernier président. Après moi, il n’y aura plus que des comptables. »

(François Mitterrand)

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, levons l’ambiguïté de cette missive : je ne suis pas membre du Parti socialiste, je l’ai été. C’est en tant que membre du Parti communiste que je m’adresse à vous. Et je fais partie de ceux pour qui, bien que nos choix de militants divergent, vous restez des camarades. Des camarades honnêtes et sincères.

la boussole du gouvernement a perdu la gauche

J’ai mis du temps à vous écrire car, même si je ne m’attendais à rien, j’ai été abasourdi par la violence du symbole, cette matière dont se nourrit la politique, que constitue l’annonce de la composition du gouvernement « Valls 2 ». Non, je refuse de parler de la nomination de Macron en lieu et place de Montebourg. Les hommes, les femmes, peu me chaut dans le fond. Même si être représenté par des gens aussi coupés du monde réel est, souvent, insupportable. C’est d’une ligne politique dont il est question. Avec cette question centrale : oui ou non, l’austérité fait-elle sens, à gauche ?

Vous avez, pour beaucoup d’entre-vous, répondu à plus ou moins haute voix à cette question. Vous avez clamé, quand bon nombre de vos camarades partaient sur la pointe des pieds, que vous ne vous étiez pas battus, en 2012 et même avant, pour qu’un gouvernement issu de vos rangs porte une ligne politique rendant illisible la rupture avec le quinquennat Sarkozy. J’ai lu, ces dernières heures, vos cris de colère, vos incompréhensions, vos larmes à voir foulés au pied vos engagements, votre énergie, votre bonne volonté de militants.

Non à l'austérité

C’est vous, jour après jour, qui, sur les marchés, dans les entreprises, avec vos voisins ou vos amis, devez argumenter bec et ongles en quoi la gauche et la droite sont différentes, en quoi vous refusez, à l’image d’Aurélie Filipetti, de vous « excuser d’être de gauche ». Et, au final, le résultat de votre investissement, c’est que le Premier ministre issu des rangs du Parti socialiste est accueilli par une standing ovation à l’université d’été du MEDEF. La pilule est amère et je n’ai pas envie de vous seriner que « je vous l’avais bien dit ». C’est inutile, blessant et inopportun.

Aujourd’hui, enfin, nous sommes d’accord sur l’essentiel : l’austérité, là est toute la question. Est-ce que nous allons tenter d’élaborer la réponse commune à cette question, oui ou non ?

Je ne vous demande pas de rejoindre le Parti communiste ni même le Front de Gauche. Je sais combien vous êtes attachés à votre organisation et que vous refusez de la laisser aux mains des sociaux-libéraux. J’ai compris que, pour bon nombre d’entre-vous, quitter le PS serait un renoncement à l’action politique. En fait, où que vous soyez, ça n’a pas d’importance. La seule chose qui m’importe c’est « pouvons-nous faire quelque chose ensemble » ? Dans le respect de chacun.

Que reste-t-il du Parti socialiste

J’ai envie de croire que oui, à lire le travail réalisé par des clubs politiques, des regroupements plus ou moins formels… Mais aussi, plus prosaïquement, à nous voir militer ensemble dans nos syndicats, au sein d’associations de parents d’élèves ou de mouvements antiracistes. C’est bien là, sur le terrain, en partant de la réalité, que nous pouvons mesurer ce que nous, hommes et femmes issus des gauches de ce pays, avons en commun. N’est-il pas temps, quand le Premier ministre annonce un approfondissement de la politique d’austérité, d’aller encore au-delà de ce commun pour en créer un autre ?

Est-ce que vous n’avez pas envie qu’ensemble – militants socialistes, du Front de gauche, écolos, de Nouvelle Donne et j’en oublie certainement – nous actions que l’austérité ne passera pas grâce à nous et que, oui, comme certains d’entre-vous l’ont écrit, « il y a une autre politique possible » ?

PS années 70

Non, je ne vous propose pas de rejouer la gauche plurielle. Non, je ne vous propose pas de faire un remake du Front populaire. Nous avons tout à inventer. Nous avons des champs de possible à explorer. Chacun peut – doit ? – jouer son rôle dans ce livre à écrire, à partir de l’endroit où il est : vous au PS, mes amis et moi au Front de gauche, d’autres camarades au sein d’Europe Ecologie-les Verts… Je ne serai pas plus précis parce que je refuse de placer nos échanges à venir dans un cadre prédéfini.

Je sais juste que, si nous restons chacun dans notre coin, nous allons fignoler l’embellissement du boulevard qui mène, déjà, la droite et le Front national vers le pouvoir.

A bientôt de vous lire, j’espère.

Salutations fraternelles

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Bonus vidéo : Depeche Mode « Something To Do (BlackStrobe Alternative Remix) »