On ne gagne rien avec la méthode Coué. Pour le Front de gauche, à l’image de celle de Villeneuve-sur-Lot, les élections législatives partielles qui se suivent se ressemblent et ne portent guère à l’optimisme. Certes, nous pouvons nous cacher derrière des frémissements de pourcentage à la hausse en profitant de l’abstention qui caracole. Or, non seulement, nous ne progressons pas en voix mais, au pire, nous en perdons dans la plupart des cas. Je ne veux pas désespérer Billancourt, je voudrais plutôt attirer l’attention de mes petits camarades de jeu : nous sommes mal !

Faisons éclore l'espoir avec le Front de gauche

On pourra toujours se dire, pour se faire plaisir, que nous progressons en pourcentages d’exprimés, que nous reculons moins vite en voix que les autres. La réalité est bien différente : malgré notre activisme de terrain, le Front de gauche ne capitalise pas le mécontentement et surtout pas celui des classes populaires. Non seulement nous peinons à élargir notre base mais nous avons surtout le plus grand mal à la conserver. Il y a plusieurs raisons à cela.

En premier lieu, et cela ne fera pas plaisir à beaucoup, nous sommes assimilés au Parti socialiste. Nos belles envolées sur le « parti solférinien », sur sa politique « objectivement de droite », ne servent guère. 90 % des citoyens de ce pays considèrent que le PS est un parti de gauche et, ce faisant, tirent un trait d’égalité, conscient ou inconscient, entre eux et nous. La défaite des socialistes aux municipales – défaite annoncée par les 8 revers consécutifs lors des élections législatives partielles – peut s’accompagner aussi par un recul du Front de gauche et, singulièrement, par un recul du PCF. Ce, quel que soit le scénario choisi : autonomie conquérante ou alliance avec le PS. Comme nous aurons les deux, très certainement, le manque de lisibilité politique à l’échelle nationale accentuera la raclée que je nous prédis.

Le Front de gauche doit renouer avec le souffle de la présidentielle

Ce manque de lisibilité alimente également le manque de crédit que les citoyens accordent à nos propositions. Le Front de gauche dans son ensemble n’est pas jugé capable de présenter une alternative crédible à gauche face au parti socialiste. Beaucoup nous considèrent sympathiques, humains, volontaires ; on nous voit dans les luttes et nous sommes appréciés pour cela. Mais notre capacité à aller au-delà du seul témoignage reste, par contre, circonscrite à un cercle très restreint de membres des catégories socio-professionnelles moyennes supérieures conscientisées. Bref, le même cercle que celui qui compose le gros des bataillons du NPA.

Dernière raison de notre incapacité à rassembler autour de nous : les accents gauchistes de bon nombre de discours que nous tenons au quotidien. Ils sont certes à la hauteur de la colère qu’éprouve le monde du travail face à l’absence de rupture politique entre le quinquennat Sarkozy et le début de mandat de François Hollande. De l’adoption du TSCG sans renégociation à la réforme des retraites telle qu’elle est annoncée, le gouvernement semble bien avoir choisi le camp du patronat. Certes. D’aucuns, à la gauche du PS le disent aussi et appellent à un changement de cap « pour tenir les promesses du candidat Hollande ». Nous sommes nombreux à avoir des discussions avec de simples électeurs socialistes nous faisant part de leur désarroi. Et face à ces appels à l’aide, nous répondons par des coups de poing dans la gueule. C’est sûr que cela nous aide à rassembler…

Le Front de gauche doit renouer avec le souffle de la présidentielle

Pendant ce temps-là, élection partielle après élection partielle, le Front national progresse et en voix et en pourcentage. Ce mardi 18 juin, un nouveau sondage accorde 40 % d’opinions favorables à l’héritière de Montretout. Elle est bien aidée par les médias dans son opération de « dédiabolisation » quand ses nervis tuent. C’est que l’oligarchie a besoin d’ordre à l’heure où il faut parachever la dérégulation du travail, la casse des solidarités collectives, la libéralisation des derniers pans de l’économie qui échappent encore à la main invisible du marché… De même, une partie des révoltés trouvent dans le vote FN une issue qu’ils nous jugent incapables de lui proposer. Marie-Noëlle Lienemann ne dit pas autre chose quand elle déclare : « Nous avons un réel problème : (il y a) un basculement de notre électorat vers le Front national. Une partie de nos électeurs, qui a impression que nous ne lui offrons pas une sortie de crise lisible, bascule dans les fausses solutions ».

Alors, comme disait Lénine, « que faire ? ». Vous savez quoi ? Je suis presqu’aussi démuni que vous sur ce point. Mais je vais tâcher de poser quelques idées, tout de même. Je crois d’abord à la force du rassemblement et entends prendre au mot nos « camarades » de la gauche du Parti socialiste, singulièrement les centaines de milliers de citoyens de ce pays qui se reconnaissent dans leurs discours. Nous n’avons rien à gagner à instruire leur procès en mensonge jour après jour. Au contraire, nous devrions retrouver le souffle de la présidentielle quand le Front de gauche s’est montré capable d’aller au-delà de lui-même dans son adresse. Plutôt que la main dans la gueule, pratiquons la main tendue. C’est la condition sine qua none pour réussir la majorité alternative qui est notre feuille de route.

Les conti en lutte

Je nous propose aussi de travailler à partir des schémas imposés par l’oligarchie : faire des propositions rigoureuses, argumentées et chiffrées que nous pourrons défendre pied à pied auprès de celles et ceux que nous voulons faire nôtres. C’est le chemin le plus ardu, le plus difficile. Face à l’irrationalité en politique – laquelle a généré des phénomènes aussi aberrants que Ségolène Royal ou Beppe Grillo -, il faut remettre les mains dans la glaise pour enraciner un corps de proposition adapté au temps présent mais utilisant les méthodes qui sont celles de l’adversaire. C’est aussi cela l’éducation populaire politique, c’est bien cet outil que nous avons choisi d’utiliser prioritairement depuis nos débuts.

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Bonus vidéo : The Crystal Method « Keep Hope Alive »