Des fois, je me demande s’il n’existe pas une quatrième dimension, en vrai. A lire le compte-rendu du Remue-méninges du Parti de Gauche et des Estivales du Front de gauche dans la presse ce matin, je me questionne sérieusement : étais-je bien à Saint-Martin-d’Hères ce week-end passé ? A en croire mes collègues, nous aurions passé quatre jours à nous entre-déchirer sur les municipales et les alliances avec le Parti solférinien. Vraiment, je ne devais pas être à Saint-Martin-d’Hères mais dans un bled qui porte le même nom avec des camarades qui apparaissent dans les comptes rendus médiatiques mais devaient disposer de doubles dans la dimension où j’ai évoluée au long de ce week-end.

(Photo : Rémy Blang)
(Photo : Rémy Blang)

Bien sûr, il y a eu ces échanges fermes entre Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, et vice versa. Des échanges – musclés parfois – qui traduisent l’importance des débats qui agitent – heureusement – le Front de gauche en ce moment. Ce n’est ni la première ni la dernière fois que des discussions semblables ont lieu entre nous ou entre nos dirigeants, plutôt. C’est la force du Front de gauche que ces approches diverses mais basées sur une même volonté de fond : construire une alternative crédible face au libéralisme qu’il soit social ou non.

A terme, la feuille de route est bien celle qui a été fixée au mois de janvier par le comité directeur du Front de gauche : construire une majorité alternative qui rassemble la gauche du PS, celle d’EELV, le Front de gauche, le NPA et l’UCI (Union communiste internationaliste) ainsi que les abstentionnistes, celles et ceux qui attendent une gauche fière de ce nom et des valeurs qui y sont attachées. Pour celles et ceux qui s’interrogeaient sur ce point, Jean-Luc Mélenchon a apporté une réponse ferme et définitive dans son discours du vendredi soir. Le constat est partagé : dans un premier temps, il nous faut rassembler – donc : unir, unir, unir ! – la famille de gauche sur une base politique : la lutte contre l’austérité. Et ce, en transcendant les divisions artificielles liées à des appartenances partidaires.

(Photo : Rémy Blang)
(Photo : Rémy Blang)

Cette volonté d’unité, je l’ai éprouvée joyeusement entre jeudi et dimanche, que ce soit avec mes camarades du Parti de gauche – puisque j’en suis toujours membre Matthias. Mais aussi avec mes amis du Parti Communiste Français, de la Gauche unitaire ou encore de la Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique… Comme nous étions bien loin de l’effet bocal des réseaux sociaux où ce sont toujours les trois mêmes gueulards sans attache de terrain qui donnent le la, nous avons évoqué nos expériences à partir de la réalité concrète du quotidien. Et nous nous sommes accordés sur le primat unitaire. Cette volonté d’unité s’est d’abord traduite par l’exigence qu’elle vive dans le Front de gauche. Marie-George Buffet, avec toute l’autorité morale et politique qui est la sienne, l’a bien traduite :

A quoi aspirent les femmes et les hommes du Front de gauche ? A être dans une dynamique unitaire, offensive, alternative. Elles et ils veulent, face aux forces de la réaction et devant cette complicité au libéralisme portée par le PS, ouvrir une belle et réelle voie à gauche ! Alors, arrêtons d’alimenter les dépêches de petites phrases qui ne font que ranger le Front de gauche dans le traditionnel bal des universités d’été où les faux pas prennent le dessus.

Aux Estivales du Front de gauche

Ce écrivant, Marie-George a bien résumé l’état d’esprit des participants au Remue-Méninges et aux Estivales. Au fond, la presse a raison de mettre en exergue que nous avons beaucoup parlé,  et travaillé, sur la question des municipales. Parce que, notre objectif consistant à changer la vie au quotidien au plus près de nos concitoyen-ne-s pour faire la preuve par l’exemple de notre capacité à le faire au niveau national, nous avons bossé sur les questions programmatiques. Essentiellement. Nous l’avons fait aussi parce que les municipales sont un temps important dans la préparation des étapes suivantes : élections européennes ainsi que scrutin régional et territorial de 2015. Chaque élu supplémentaire pour le Front de gauche constituera un point d’appui pour approfondir le rapport de force avec les solfériniens et leurs alliés en même temps que des points d’appui pour changer la donne localement.

A partir de cette vision commune des choses, deux approches se confrontent en toile de fond. La mienne est claire : pas de participation – au premier tour – à des listes dirigées par le parti solférinien et ses alliés. C’est la ligne que j’ai défendue lors du congrès du Parti de gauche, c’est la ligne de mon parti. Au second tour, nous ne ferons rien qui permette la victoire de candidats de droite. Rien de nouveau : c’est ce que nous avons fait lors des élections régionales, notamment en région parisienne. Et nous sommes parvenus à trouver un accord avec nos amis et partenaires du Parti Communiste avec lesquels nous faisions liste commune au premier tour. Le résultat est clair : les élus PG au Conseil régional d’Île-de-France ne participent pas à l’exécutif régional pendant que les élus communistes assument des vice-présidences. Et cela, sans aucun drame. Ce qui a été fait aux régionales peut être intelligemment dupliqué au niveau local.

Atelier sur les blogs au Remue méninges du PG

Pour parvenir à cette intelligence, nous partirons d’un programme et c’est bien la prise en compte de ce programme qui dictera notre positionnement final. Voilà ce que moi j’ai entendu et vécu pendant ces quatre jours de travail intense et fraternel. Les mots doux entre Laurent et Mélenchon, on ne les a lus que dans la presse et ils nous ont amusés. A croire que cette presse n’était pas au même endroit que nous.

Bonus « pendant ce temps » : A Gauche pour de vrai revient sur les Universités d’été du PS, #UEPS: l’idée neuve du socialisme selon Ayrault, une bonne vieille droite.

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Bonus vidéo : Manhattan Transfer « Twilight Zone (Chris’ B & W Mix) »