Je suis snob des fois… Quand j’ai su que Mélenchon allait passer chez Cyril Hanouna, sur la nouvelle chaîne du groupe Canal+, je me suis dit que j’avais mieux à faire que de regarder ça. De toutes les façons, j’étais dans le train de retour du Loiret où j’ai passé l’essentiel de ma journée avec les syndicalistes de SUD Energie et les salariés des entreprises sous-traitantes d’EDF en grève. Je m’accorde ensuite une soirée avec la femme que j’aime pour parler de nos boulots respectifs, plutôt du sien et de la recherche du mien, vu que j’avais un entretien d’embauche ce matin. L’émission est donc passée aux oubliettes de ma mémoire, d’autant plus facilement que, voilà, les passages télé et radio du co-président de mon parti… Comment vous dire que je m’en cogne un peu ? La ligne, je la connais. Je me targue même, à ma modeste place, de contribuer à l’écrire.

Avec les sous-traitants du nucléaire à Belleville sur Loire

Puis voilà que mon ami et camarade Georges attire mon attention sur la dite émission et les réactions qu’elle a provoquées. Je me fade donc, option blasé, le visionnage de l’objet de la nouvelle pomme de discorde. C’est hallucinant quand même cet art qu’a la gauche de se déchirer pour des non événements. A moins que mes « camarades » ne cèdent bien vite aux oukases de la bien-pensance version Nouvel Obs et compagnie. Au final, c’est Quentin Pereira qui résume bien la chose :

Certains et certaines me diront : “Comment Monsieur Mélenchon peut-il aller dans ce genre d’émission folklorique ?”
Bon déjà, il peut y aller en vélo en métro… Ce ne sont pas les moyens qui manquent.

Connaissant mon Jean-Luc, il a dû y aller en métro, validant son Passe navigo. Et pour ma part, à l’heure du déjeuner, visionnage de l’émission.


J.-L. Mélenchon à  » Touche pas à mon poste »

Premier épisode : le discours de la méthode sur les rapports entre le co-président du Parti de gauche et les journalistes que l’on connaît houleux. Bref, dans une émission de spectacle, une déconstruction radicale et assez situationniste de la société du spectacle et, singulièrement, du système médiatique. Le tout sans être trop interrompu. Y a du boulot.

Ensuite, quelques éclairs fulgurants, dans lesquels s’insère le témoignage non programmé d’une intermittente du spectacle qui explique la baisse de 25 % de son salaire. Je relève : « Quand tu as besoin de manger, tu te tais ». Qui aurait cru entendre une phrase similaire dans une émission de divertissement comme Touche pas à mon poste ? Ou encore « ne me dites pas que c’est follement progressiste la tradition » ? Bref, il y a de l’appel à l’intelligence et le rappel que Mélenchon « croi(t) à l’intelligence des gens », ce qui provoque l’un des seuls dérapages de l’émission. Il se fait traiter de « démago » par une chroniqueuse prénommée Valérie. Elle réitérera, sans que Jean-Luc, pourtant sourcilleux sur ce sujet, ne l’agresse.

Touche pas à mon poste

Ma pétroleuse de camarade et voisine Aurore Houlier a finalement bien résumé les choses :

(Mélenchon) a réellement élevé le niveau de l’émission que je connais un peu. Et ce fut délectable de voir qu’on peut faire entrer l’intelligence partout pour peu qu’on décide de s’y atteler et qu’on a le talent pour. Jean-Luc a séduit son auditoire. Il était là ou il fallait. Il est là où nous avons choisi de le placer sur notre échiquier, camarades. Il a fait exactement ce qu’on attend de lui : allumer l’interrupteur.

(Acte gratuit)
(Acte gratuit)

Non, l’émission ne fut pas géniale. Ce ne fut pas du grand Jean-Luc, mais du Jean-Luc sérieux, appliqué. Le genre de prestation dont je me passe la plupart du temps. Par contre, c’est une rencontre avec un nouveau public, avec des gens qui n’ont pas l’habitude de nous voir, de nous entendre, de nous écouter. Des téléspectateurs qui ont eu accès à l’information relative aux répliques de la marche du 5 mai qui ont lieu partout en France ce week-end. De facto, le Méluche a contourné le cahier des charges qui exige que l’on ne parle pas de politique dans Touche pas à mon poste. Au final, comme toujours, il n’a parlé que de cela. Et à des gens qui n’en ont pas eu forcément l’impression.

Fallait le faire. Fallait oser. Et Osons !, ce n’est pas le titre de la plateforme que nous avons adoptée au congrès ? Du coup, je veux conclure en remerciant les camarades qui ont tiré à boulets rouges sur le passage de Mélenchon dans cette émission. Après l’avoir vue, je me dis que mon snobisme me perdra : j’aurais raté quelque chose à ne pas la regarder.

Société du spectacle

Ah, je veux quand même rajouter une bricole… Gentiment, n’est-ce pas ? Considérer que celles et ceux qui regardent Touche pas à mon poste sont des débiles mentaux, c’est juste manifester un profond irrespect de classe -très Nouvel Obs pour le coup – envers des personnes qui sont nos amis, nos voisins, nos collègues. Bref, des gens comme nous ou, plutôt, comme moi. Et il faut avoir des sacrées journées de merde pour comprendre que, parfois, se laver le cerveau en regardant une émission dont nous savons qu’elle est nulle, ça fait un bien fou. Allez, cette fois, je vous laisse, je vais aller regarder une rediffusion de Body Of Proof rien que pour Dana Delany. Bisous.

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Bonus vidéo :
The Disposable Heroes of Hiphoprisy « Television, the Drug of the Nation »