Même le très calme Benoît, le plus posé d’entre nous, en a perdu son sang-froid. Antoine, José et moi, nous sommes méditerranéens donc un poil sanguin. Mais pour que l’ami Benoît se lâche sur le mode colère… Je ne vois que David comme plus placide. Ah… Oui, j’y viens. Je vais vous dire ce qui a motivé notre commun courroux. Je vous en glissé un mot hier : Renault supprime 7 500 emplois. Je n’ai pas plus commenté l’affaire jusqu’à présent, étant un peu accaparé par PSA et mon département. D’ailleurs, si vous lisez ce texte le matin de sa parution, je suis en train de marcher pour l’emploi et l’industrie.

Quelle arrogance

Donc, Renault, la marque nationale par excellence, va détruire 7 500 postes de travail d’ici 2016. Au nom de la sacro-sainte « compétitivité ». Et voilà ce que le « ministre du Redressement productif », avant on dirait dit « sinistre de l’Industrie », a trouvé à dire : « Renault n’a franchi aucune des lignes jaunes ». Verbatim please :

Il n’y a pas pour nous un certain nombre de lignes rouges qui ont été franchies (…) Les lignes rouges que le gouvernement a fixées: premièrement pas de plan social, pas de licenciement. Cette première ligne rouge est respectée. Deuxièmement pas de fermeture d’usines, pas de fermetures de sites: (la) deuxième ligne rouge est respectée.

Mais il lui faut quoi à ce triple tocard ? Que quelqu’un crève de ces foutus plans sociaux ? Bon, je vais tâcher de retrouver mon calme et d’avoir une approche un peu plus posée. Parce que si, fut un temps, l’homme à la marinière me cherchait dans tout Paris pour m’en coller une (true story), je ne suis pas loin de me voir coller un procès au cul pour menace à dépositaire de l’autorité publique ou un truc comme ça. Ne vous inquiétez pas : je verbalise pour prévenir un éventuel et regrettable passage à l’acte.

Montebourg, dans ta gueule sale con !

Donc, aucune des « lignes rouges » n’a été franchie par Renault. Avant, on parlait de « licenciements boursiers » et « l’Etat ne (pouvait) pas tout ». Aujourd’hui, on licencie pour la compétitivité et l’Etat ne veut pas plus. Je partageais, mardi, ici même, quelques réflexions à haute voix sur les renoncements du parti dit « sérieux ». Nous avons avec l’affaire Renault une illustration aussi parfaite que dramatique de ces capitulations idéologiques. Elles sont encore plus frappantes quand c’est l’apôtre du « volontarisme politique » qui les délivre.

Il avait pourtant été mis à sa place, dans un joli maroquin ministériel qui le narguait depuis tant d’années, pour rouler les mécaniques. « Il est en phase avec la situation, parce qu’il sait à la foi mettre de la pression sur les chefs d’entreprise – on l’a vu dans l’affaire PSA (je cherche, si je trouve, je vous mets le lien – NDA) – et manifester une compréhension des colères syndicales et salariales », dit un ministre, cité dans un article consacré au Tartarin de la Saône-et-Loire. Donc, on attendait qu’il mette la pression sur les patrons. Le PDG de Renault doit s’étrangler de rires en relisant ces articles dithyrambiques. Articles devenus du plus haut comique pour qui aime l’humour noir.

Il a peur du peuple, le hoberau de la Saône et Loire.
Il a peur du peuple, le hoberau de la Saône et Loire.

Pour autant, le hobereau bourguignon a presque mené à bien son rêve de gloire : « Je serais au président de la République ce que Chevènement a été à Jospin », devait-il penser in peto en acceptant le porte-feuille. C’est assez drôle quand on sait comment l’histoire Chevènement-Jospin a fini. Le temps a passé. Désavoué salement sur Florange et la « nationalisation temporaire », il joue aujourd’hui les utilités social-libérales. Comme Cahuzac mais avec moins de conviction. Cela me rappelle l’épisode de la fête de la Rose à Frangy, chez lui, quand Ségolène Royal avait eu, en public, cette sortie : « Merci de ne pas avoir prononcé le mot (de 6e République) ». Selon le très juste mot de Rue89,il est devenu un des auxiliaires de « l’hypocrite légalisme hollandais ».

L’homme qui ne s’aime toujours pas a l’habitude des humiliations. Peu m’importe. Mais qu’il entraîne dans sa chute pitoyable les salariés de PSA et Renault, là, c’est non. Montebourg, tu dégages ! Moi, je vais marcher, ça va me changer les idées.

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Bonus vidéo : Pantera « Fucking Hostile »