En ce lundi matin, je reprends le fil des chroniques à propos de la vie militante. La période est d’importance en la matière puisque deux des formations composant le Front de Gauche vont tenir leurs congrès respectifs dans les mois à venir : le Parti communiste et le Parti de Gauche. Je veux en profiter pour évoquer une question très interne, finalement, celle des motions, courants, fractions, plate-formes…

Photo : Garance Avanti

Dans une partie de la gauche française : le parti dit « sérieux » et la Ligue Communiste Révolutionnaire et son dérivé le Nouveau Parti Anticapitaliste, pour l’essentiel, le courant, la motion, la tendance constituent une tradition bien ancrée. Un exercice de « démocratie ». Je cite parce que, d’expérience, je suis en désaccord radical avec cette conception. Avant de vous expliquer pourquoi, je vais faire un résumé de ce mode d’organisation du « débat ».

Un nombre donné de « camarades » écrit un texte : motion, plate-forme alternative ou autre texte d’orientation différent de celui proposé par la direction sortante. Ce texte est ensuite transmis au bureau national du parti (sa direction politique) pour qu’il juge de sa recevabilité. Si recevable, il est ensuite mis en discussion dans les instances locales de l’organisation pour être soumis au vote des délégués au conseil national (le parlement du parti). Si le texte franchit passe toutes les étapes, il est présenté en congrès assorti d’une liste de candidats au Bureau national pour que les idées intégrées ou pas dans le texte majoritaire puissent y être soutenues.

Photo : Garance Avanti


Pour pas mal de militants, il n’y a rien de nouveau voire de choquant dans ce mode de fonctionnement. Il n’en va pas de même pour moi. Je m’en vais vous raconter la formation du Parti de Gauche pour m’expliquer.

Au départ donc est un nombre certain de militants du Parti dit « sérieux » qui, au lendemain du congrès de Reims en novembre 2008, décide de quitter l’organisation social-démocrate, estimant qu’elle ne remplit plus son rôle de transformation de la société. Rapidement, des camarades rejoignent ce mouvement lancé lors d’un meeting à l’Île-Saint-Denis. On retrouve au fil des mois des alter-écolos autour de Martine Billard, l’essentiel du Mouvement pour une Alternative Républicaine et Socialiste (MARS, les chevénementistes de gauche) avec Eric Coquerel, des décroissants dont Corinne Morel-Darleux, des socialistes historiques évidemment emmenés par Jean-Luc Mélenchon et d’autres. Un peu plus tard, un groupe de militants du NPA dont Leïla Chaïbi rejoindra le Parti de Gauche.

Photo : Garance Avanti

Autant dire que, si je me compte avec le nombre croissant de communistes qui se retrouvent au PG et quelques libertaires qui ont participé à sa fondation, il y a plus que de la pluralité dans ce parti. Nous avons tous refusé de nous grouper par petits paquets, sous forme de tendances ou de fractions. Nous avons longuement écrit, discuté, réécrit, débattu à nouveau, écrit une nouvelle fois, encore discuté, amendé les textes. Comme le disaitn à je ne sais trop quelle occasion, Jean-Luc : « Chez nous, on vote peu mais on discute beaucoup ». Le vote tranche quand le débat construit. Voilà tout. Au final, aucune sensibilité n’en a rabattu sur sa contribution à l’élaboration de la ligne politique. C’est ce travail long, patient, pointilleux, qui nous a permis d’apporter notre pierre singulière à la refondation idéologique de la gauche.

A force de nuits blanches, de discussions passionnées dans toutes nos instances, nous avons fini par produire une synthèse du marxisme, de l’écologie radicale, de la décroissance et de la République sociale. Fallait le faire. Et tout ça, sans motion, sans tendance, sans fraction. Donc sans fracture !

Oui, il faut bien le dire, la plate-forme, la motion, le texte alternatif, stigmatise un désaccord profond avec le texte présenté par la direction sortante. Laquelle, faut-il le préciser, a été élue majoritairement par le congrès précédent. Cela lui confère une légitimité certaine, n’est-ce pas ? Je vais prendre l’exemple récent du congrès du parti dit « sérieux ». A bien les lire, les motions présentées au vote des militants étaient bien différentes, témoignant d’orientations politiques très divergentes. A tel point que bon nombre d’observateurs se sont interrogés sur la possibilité que ces positions puissent cohabiter dans un même parti.

Pour ce qui me concerne, je reste du genre tranchant. L’orientation majoritaire du parti ne me convient plus ? Je le quitte. Car aucune organisation politique ne constitue, à mon sens à tout le moins, une fin en soi. Un parti, ce n’est qu’un outil pour agir politiquement dans des circonstances données. Si l’outil n’est plus adapté au temps présent, autant en changer, n’est-ce pas ? On ne va pas percer un mur en béton avec une spatule. Si ? Il convient d’être pragmatique si tant est que le but d’un engagement politique reste bel et bien de changer le cours des choses. Pour moi, c’est le cas. Et c’est connu, dans mon parti, que le jour où je le trouverais inadapté aux réalités politiques de notre pays, je le quitterais.

Enfin, les plate-formes, motions et autres âneries du même genre ont souvent d’utilité que de permettre à quelques « camarades » de se faire voir. Ils s’en vont battre les estrades, défendant leur texte, tâchant de convaincre les autres… Un travail éreintant, il est vrai. Que je pourrais respecter. Si je les voyais avec autant d’acharnement distribuer des tracts, aller manifester, tenir des réunions d’appartements pour convaincre le citoyen lambda… Ou écrire un programme pour les prochaines élections.

Las, le temps du congrès, le temps des motions – par expérience -, c’est celui où l’on n’intervient plus dans l’espace public. C’est le temps où la politique politicienne tue l’action politique. Et, au fond, la motion, sous couvert de « démocratie », n’est souvent que le cache-sexe de la lutte de pouvoir.

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Bonus vidéo : Depeche Mode « Enjoy The Silence (Amman Fox Remix) »