Merci à André sans qui je n’aurai jamais pu écrire cet article

Comme beaucoup, j’ai voulu comprendre ce qu’il se  passe au Brésil ces dernières semaines. Voyant plutôt d’un bon œil l’action du Parti des travailleurs, ces cortèges monstres réprimés par la police ont soulevé chez moi moult interrogations. Heureusement, un mien ami français est un fin connaisseur du Brésil et il m’a aidé à comprendre les enjeux de ces mouvements sociaux qui ont agité le premier pays d’Amérique latine. Dimanche 30 juin encore, des affrontements ont eu lieu à proximité du célèbre stade Maracana alors que l’équipe auriverde remportait la Coupe des Confédérations en pliant l’Espagne 3-0.

Le Brésil se lève

Au départ, la hausse des tarifs des transports en commun a mis le feu aux poudres générant les premières manifestations. Je vous suggère la lecture du billet des camarades du blog République écosocialiste sur le récit des événements. La contestation s’est ensuite élargie portant la demande d’investissements dans le secteur de l’éducation et de la santé plutôt que dans les infrastructures nécessaires à l’accueil de la coupe du Monde de football. Enfin, la lutte contre la corruption a émergé dans les cortèges auxquels la présidente Dilma Roussef a apporté un soutien tacite sinon explicite.

Repartons donc de la corruption, mal endémique du Brésil. Cela nous amène forcément à parler du rapport des forces politiques. Bien que le président de l’état fédéral soit, depuis 2002, issu de ses rangs, le Parti des travailleurs ne détient pas la majorité dans les deux assemblées fédérales. Cette situation l’oblige à négocier sans cesse avec les partis politiques qui y siègent, et ils sont nombreux, pour faire passer les plus emblématiques de ses projets de loi. Certains députés n’hésitant pas à monnayer leur voix, le PT a accepté d’acheter certains votes. Deuxième élément : le PT au pouvoir attire aussi des individus peu scrupuleux qui, volant au secours de la victoire, n’hésitent pas à utiliser leur position nouvellement acquise pour en tirer profit sonnant et trébuchant.

Manifestations au Brésil

Cette situation, connue de longue date puisqu’elle préexistait à l’arrivée de Lula au pouvoir, était la raison qui a poussé le PT à inscrire dans son programme une réforme politique d’ampleur, de nature à éradiquer la corruption. Las, l’absence de majorité absolue pour le PT dans les assemblées fédérales a amené Lula à battre en retraite sur ce sujet. Dilma Roussef, qui lui a succédé en 2010, a profité des manifestations de ces dernières semaines pour proposer un référendum sur la réforme politique, lui permettant de contourner l’obstacle que représentent les Assemblées.

Sur les aspects plus politiques des manifestations, il faut revenir à ce qu’est le Brésil en 2002 quand Lula est élu pour la première fois à la tête du pays. Plusieurs dizaines de millions de Brésiliens sont alors relégués en marge de la société, soit qu’ils vivent dans les favelas (les bidonvilles des grandes villes surpeuplées) ou dans les campagnes. Le PT s’est fixé comme priorité d’éradiquer la misère et de réinclure socialement cette part importante de la population. Concrètement, il a fait voter, dans les conditions expliquées ci-dessus, des allocations destinées à offrir une sorte de revenu de base aux Brésiliens laissés pour compte. D’autres aides ont été débloquées pour inciter les parents à scolariser leurs enfants.

Dilma Roussef

Ces mesures ont produit leur effet. Mais, du coup, l’absence d’investissements massifs dans le système éducatif se manifeste encore plus durement avec l’arrivée en son sein de millions d’enfants et d’adolescents. Le relèvement du niveau de vie des millions de Brésiliens accroît aussi la demande en matière de soins, ne serait-ce que parce que l’action politique a rappelé que les Brésiliens ont le droit d’y avoir accès. Il faut aussi rappeler que le Brésil a réintégré socialement des millions des siens tout en se faisant un point d’honneur de rembourser ses dettes.

Les manifestations de ces dernières semaines, à tout le moins dans un premier temps, ont donc réclamé une réorientation des priorités politiques du gouvernement fédéral après que les objectifs premiers paraissent en grande partie atteints. Les initiateurs des premiers mouvements ont quitté la rue après avoir obtenu de Dilma Roussef l’engagement sur le référendum relatif à la réforme politique et des investissements sociaux.

favelas au Brésil

Pour ce qui est des manifestants qui ont approché le Maracana hier soir, il est difficile de lire la situation brésilienne hors d’un contexte global sud-américain. Dernièrement, c’est le Honduras qui est revenu sur le devant de la scène. Mes camarades du Front de Gauche latino précisent ainsi :

Alors qu’approche le scrutin électoral de novembre 2013 (élections présidentielles, législatives et municipales), les violations des droits humains s’intensifient, créant un climat d’intimidation et de terreur. Depuis la présentation de candidats du parti LibRe (Liberté et Refondation), issu du FNRP, les deux partis de l’oligarchie putschiste (Parti national et Parti libéral) utilisent les fraudes et les manipulations.

PT Lula

Au Chili, une grève générale rejoint le mouvement lancé par les étudiants. Dans de nombreux pays latino-américains, l’affrontement entre l’oligarchie et le peuple prend une nouvelle tournure. Et certains gouvernements emblématiques d’une gauche en plein renouvellement sont soumis à des attaques de la part des bourgeoisies coalisées.

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Bonus vidéo : La Parisienne libérée « C’est pas pour 20 centimes »