Politologue installé à Londres, Philippe Marlière est enseignant e sciences politiques à l’University College de Londres. Il est notamment l’auteur de La Gauche radicale en Europe, co-auteur du Manifeste des socialistes affligés avec Liêm Hoang-Ngoc. Il revient, pour Grey Britain, sur la situation politique au Royaume-Uni après les élections générales et le Queen’s Speech.

Philippe Marlière

Après les élections générales, David Cameron retourne aux 10 Downing Street
avec une majorité qui rend inutile l’alliance avec les Libéraux démocrates,
lesquels sont de plus au bord de la disparation. Est-ce un tournant dans la vie politique britannique ?

Le tournant, inattendu, c’est que les Tories ont en effet la majorité à eux seuls. La plupart des observateurs attendaient une victoire relative, et donc des alliances à venir, soit du Labour soit des conservateurs. Nous croyions tous, alors, que le tournant s’était produit en 2010 lorsque, pour la première fois depuis les années 1920, les conservateurs avaient dû faire alliance avec les Libéraux-démocrates, ce qui semblait mettre fin à la bipolarisation de la vie politique britannique.

Ce retour à une organisation plus traditionnelle de la politique a des implications politiques. Libérés du compromis inhérent à toute alliance, les conservateurs ont la maîtrise totale de l’agenda politique. Certes, entre 2010 et 2015, les Tories ont pu assumer l’essentiel du programme, imposant leurs réformes ou invalidant les propositions de leurs alliés libéraux-démocrates. Ainsi, avec l’abandon des frais d’inscription universitaire, promesse de campagne des Lib-Dems, Cameron a renvoyé ses partenaires à leurs chères études. On peut lire là une des raisons de la déroute des Lib-Dems qui ont perdu, le 7 mai, plus de la moitié de leurs voix. […]

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