Ne vous fiez pas au titre, cette note n’est ni un #appeauàtrolls ni une vulgaire provocation. Au regard de l’actualité politique et du désarroi des militants socialistes – ne parlons pas des électeurs se réclamant de cette sensibilité -, porter une parole contradictoire relève du devoir le plus élémentaire. Le secrétaire national du PCF a été bien inspiré d’accepter l’invitation à débattre du PS lors de ses universités d’été à La Rochelle.

Pierre Laurent avec les nouveaux adhérents du PCF

Depuis des mois désormais, le Parti sis rue de Solférino bruit de la grogne – plus ou moins discrète – de ses membres. J’ai écrit, pour Regards, plusieurs articles sur ce sujet. Le lecteur peut y compter les départs réguliers de cadres et militants, la plupart issus des « gauches » de ce parti. Il y a eu, début février, avant le choc des municipales, un appel rassemblant amis de Montebourg, d’Aubry, de Stéphane Hessel, d’Hamon et Emmanuelli, de Maurel et Lienneman sur le thème « Il n’y a pas qu’une politique possible ».

La déroute des municipales a fini de lever les précautions oratoires des uns et des autres et les « frondeurs » ont pris la parole. Fort. Ces mots, claquant contre l’austérité comme un gant sur la joue d’un offensant, se sont traduits par quelques votes contre, beaucoup d’abstentions et… pas plus. L’espoir d’un travail commun entre les députés « frondeurs », ceux d’Europe-Ecologie et ceux du Front de gauche n’a, pour l’heure, pas abouti. Bon nombre d’entre-vous, lecteurs, avez glosé sur ces abstentions, alors qu’un vote contre aurait débouché probablement sur la dissolution de l’Assemblée, et sur les calculs supposés des ténors de la gauche du PS. Quant à moi, j’ai toujours défendu le rêve qu’ils soient sincères.

C'est joli La Rochelle. Et, dans cette église, y a une expo sur les prêtres ouvriers
C’est joli La Rochelle. Et, dans cette église, y a une expo sur les prêtres ouvriers

Pourtant, chacun reconnaît que l’austérité, cette politique mortifère, mène le pays à la ruine et la gauche – puisque les habitants de ce pays réunissent sous ce vocable du PRG au NPA – dans le mur. Il se pourrait même qu’une majorité soit possible – à l’intérieur du résultat des élections législatives de juin 2012, comme l’a longtemps expliqué Jean-Luc Mélenchon – autour d’un compromis politique dont le club Gauche avenir a défini les premiers contours. C’est ce qu’a écrit récemment et assez clairement Pouria Amirshahi, un des députés frondeurs. De son côté, Europe Ecologie-Les Verts déclare, par la voix de son porte-parole Julien Bayou, que « l’alternative à gauche est nécessaire et possible ». Et d’enfoncer le clou :

« (L’alternative) est en train de voir le jour. Il y a des concordances entre les frondeurs du PS, les écologistes, qui ont quitté le gouvernement après avoir constaté que l’écologie n’était pas prise en compte, et le Front de gauche, qui dès le départ n’avait pas souhaité y participer. De plus en plus de monde, y compris syndicats, collectifs et associations, conteste les orientations de cette première moitié de quinquennat. À tel point qu’au moment de voter le prochain budget, je ne peux pas dire aujourd’hui si le premier ministre aura une majorité. »

L'avenir passe par le rassemblement des gauches

C’est à ce moment politique précis que vont avoir lieu les universités d’été de la Rochelle. A lire les militants socialistes sur les réseaux sociaux, elles s’annoncent relevées comme jamais. Alors qu’ils regimbent, grognent, claquent du talon et haussent la voix sur des revendications politiques qui concordent, en partie, avec celles du Front de gauche depuis des années, il faudrait jouer la chaise vide ? Je considère qu’il vaut mieux, au contraire, profiter de cette attention nouvelle à nos propos pour enfoncer le clou. Et ce n’est pas plus mal que Pierre Laurent s’y colle.

On va m’opposer que la vraie raison de la venue du secrétaire national du PCF à la Rochelle reste les sénatoriales et son poste d’élu parisien. Des discussions ont lieu, c’est vrai, entre le PCF et le PS, sur 17 départements où le mode de scrutin favorise une victoire nette de la droite en cas de désunion de la gauche. La belle affaire. Le Parti de gauche, dans son congrès de mars 2013, a déclaré : « Nous ne laisserons pas la droite conquérir des positions électorales » (lignes 725 et 726). Le PCF ne fait rien d’autre que mettre en actes les mots du PG. D’autant que les résultats des élections municipales et européennes augurent d’un nouveau recul pour le camp progressiste, qu’on y inclue ou pas le PS.

Les salariés qui luttent tous les jours commencent à trouver le temps long
Les salariés qui luttent tous les jours commencent à trouver le temps long

Cela posé, vous pouvez mesurer, la prophétie sur l’insurrection de 2017 n’étant pas prête de se réaliser sauf si on qualifie comme telle une nouvelle percée du Front national, qu’il y a urgence à travailler sur le fond, c’est-à-dire dans la durée. Il faut faire saillir les points de désaccord, mesurer s’ils sont solubles et mettre en relief, aussi bien, les convergences possibles entre gens de bonne volonté. Puisque c’est cela que va faire Pierre, oui, il a raison d’aller à la Rochelle.

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Bonus vidéo : Billy Bragg « To Have And To Have Not”