Ce matin du jeudi 7 janvier, encore une fois, les salariés de Presstalis sont dans l’action. Ils se sont donné rendez-vous devant le siège de l’entreprise rue Raoul-Wallenberg à Paris. Ils sont près de 300, déterminés à faire échec à la volonté de la direction de liquider 1 250 emplois. Il fait froid. Bientôt, du grésil va tomber. On se réchauffe comme on peut, café, clopes, piétinement, pendant que les patrons tentent de jouer la division.

Rassemblement des salariés au siège de Presstalis

Ils ont convoqué une réunion avec les « partenaires sociaux », dont l’ordre du jour comporte 3 points, tous relatifs au plan social d’entreprise. La direction compte sur les syndicats du siège, minoritaires parmi le personnel, pour passer en force face à la mobilisation des salariés unis derrière leur syndicat CGT. La mobilisation permet, finalement, que la réunion soit annulée. Un sursis pour les salariés du distributeur auparavant connu sous le nom de Nouvelles Messageries de la presse parisienne. Pour une fois, il n’y a pas de vigiles et les flics sont loin derrière, cachés. Huit cars de CRS tout de même.

Pour le Parti de Gauche, Laurence Sauvage, secrétaire nationale aux luttes sociales et animatrice du Front des luttes, Danielle Simonnet, conseillère de Paris, et plusieurs militants sont là. Ils apportent leur soutien à un combat qui porte à la fois sur l’emploi et le pluralisme de la presse, donc la démocratie. Derrière les projets de la direction, projets commandités par les éditeurs et les patrons de presse avec le soutien du gouvernement, il y a l’externalisation des activités les plus rentables de Presstalis.

Laurence Sauvage et Danielle Simonnet s'adressent aux salariés de Presstalis

Depuis des décennies maintenant, certains éditeurs ont su tirer bénéfice d’un système solidaire de distribution de la presse et du livre, basé sur des principes édictés par le Conseil national de la Résistance (CNR), tout en profitant de largesses coupables des directions successives qui n’ont pas fait payer le coût réel de la distribution ou en ne facturant pas certains services comme ce fut le cas pour Le Figaro (service aérien) ou Le Monde (surcoût lié à son tirage de jour pour une distribution spécifique) entre autres exemples.

Les éditeurs veulent finir le travail entamé par Sarkozy qui avait passé la consigne de tirer un trait sur les acquis du CNR. Il a fait modifier la loi pour accélérer les choses en juillet 2011 (avec l’abstention bienveillante des parlementaires PS) permettant ainsi aux éditeurs de faire jouer une concurrence malsaine entre Presstalis (NMPP) et les MLP (Messageries Lyonnaises de Presse), société qui ne supporte pas les mêmes activités liées à la distribution des journaux quotidiens ce qui lui permet des tarifs plus bas.

Le Parti de gauche aux côtés des salariés de Presstalis

Le travail existe toujours, mais les éditeurs veulent le confier à des sous-traitants (Géodis notamment). Pour l’anecdote cet objectif est d’ailleurs contraire à l’article L 1233-61 du code du travail comme le souligne la DIRRECTE. Le conflit Presstalis ce sont donc des licenciements financiers. En 25 ans, les effectifs de Presstalis sont passés de plus de 5 000 à 1 000 ! Aujourd’hui, c’est le coup de grâce pour en finir avec le système solidaire de distribution, ses salariés et son syndicat majoritaire.

Michel Van Rensbergen et Danielle Simonnet devant le siège de Presstalis

A l’occasion de ce rassemblement, j’ai rencontré Michel Van Rensbergen, secrétaire CGT du comité central d’entreprise de Presstalis. Il a accepté de nous dévoiler le dessous des cartes de ce conflit.