Ca s’agite sur le site de PSA à Aulnay-sous-Bois. Le 17 octobre dernier, le ton est monté. Une soixantaine de salariés, selon le quotidien Le Parisien, ont occupé les locaux administratifs de l’usine qui emploie quelque 3 00 salariés. Des cadres ont été séquestrés. Tout cela découle d’une politique qui semble bien assumée de la part de la direction de l’entreprise, qui joue les uns contre les autres et n’hésite pas à attiser les haines.

 

Cela fait plus d’un an que PSA balade les salariés d’Aulnay de rumeurs en contre-ordres. Tout a commencé en 2011 avec le fameux « la fermeture de l’usine d’Aulnay n’est pas actualité. ». A quelques mois des élections présidentielles, ça l’aurait foutu mauvaise. Au mois de novembre 2011, le ministre Xavier Bertrand puis Sarkozy soutiennent « qu’il n’y aura pas de plan social en France chez PSA ». Nicolas Sarkozy a aussi affirmé que tous les salariés de PSA touchés (2 000 personnes hors sous-traitants et départs en retraite) seraient reclassés. Si j’en crois les révélations d’une plume du nain hystérique, ces informations n’ont pas été obtenues si aisément. A croire que Varin traite un peu par le mépris ses serviteurs politiques, aussi zélés soient-ils.

Cela dit, le 12 juil 2012, patatrac : l’annonce de la fermeture du site d’Aulnay tombe, comme un couperet. Elle est certes assortie d’un « plan social exemplaire ». Depuis ? Depuis : rien. Si ce n’est l’agitation marinière de l’homme qui ne s’aime toujours pas. Dans la boîte, le climat se dégrade lentement mais sûrement. Mon informateur aulnaysien s’est gentiment vu rappeler à l’ordre par son chef de service sur le thème : « Tu discutes beaucoup avec les syndicats, toi. On va faire le compte et ce sera retenu sur ton salaire ». Gentille forme d’intimidation où je ne m’y connais pas. Remarque, ce n’est pas vraiment une nouveauté à PSA que la menace encore moins assortie d’actes.

 

Mais le résultat de cette ambiance délétère d’un côté, du manque de soutien d’une autre part – à l’exception du Front de Gauche – c’est la colère. Quand on confirme aux ouvriers de PSA que les heures d’information syndicale ne seront pas payées, qu’ils découvrent que certains connaissent déjà des retraits sur salaires, car ils discutent entre-eux pendant les arrêts techniques, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour les salariés en lutte. Si on ajoute à cela, la communication agressive de la direction de PSA… Mon contact me questionne : « Pourquoi PSA pourrait disposer du temps comme bon lui semble pour ses briefings d’ information et quand ce sont les syndicats qui font de l’information, la direction dit que c’est une grève ? » Je n’ai pas su quoi lui répondre. Et vous ?

Incidemment, vendredi 12 octobre, les autorisations d’accès aux bâtiments de la direction sont changées. C’est peut être un détail pour vous, mais  PSA ça veut dire beaucoup. La suite va nous le prouver.

Lundi 15 octobre : les chefs d’équipes assurent le service après-liquidation de la direction avec toujours le même discours, plus personne ne le croit. Et du coup…

Mardi 16 octobre : Près de 400 salariés débrayent toute la journée. Une trentaine de salariés délégués entrent dans le bâtiment de la direction, certains dans le bureau du directeur afin de bien lui faire comprendre que « là y en a marre, trop c’est trop ». La liste des courses est posée sur la table : « La direction cesse ses retraits sur les payes lorsque les salariés discutent pendant les arrêts de chaîne et le paiement des assemblées générales. » Un accord sera signé par la CGT, SUD, CFTC et CFDT.

Dans le même temps, un malencontreux oubli à la photocopieuse met en lumière que la direction de PSA Aulnay a sollicité les services de l’Institut supérieur du travail. Pour la bonne bouche, cette officine très proche de l’Union des Industries des Mines et de la Métallurgie (UIMM – branche la plus réactionnaire du MEDEF) a été fondée par Claude Harmel (pseudonyme de Guy Lemonnier), ancien collabo durant l’Occupation. L’Institut supérieur du travail est bien connu pour avoir employé, dans les années 70, des activistes d’extrême-droite comme l’ancien ministre Hervé Novelli.

Téléchargez la note de l’institut supérieur du travail.

Le 17 octobre : un affichage sur les panneaux de communication interne de PSA et un courrier électronique de Denis Martin, directeur Industriel et des relations sociales de PSA, démentent l’accord de la veille.

Téléchargez le démenti signé Denis Martin.

Réaction logique : 50 salariés délégués ont, pour de bon cette fois, séquestré le chef du personnel de l’unité de montage d’Aulnay pendant onze heures. Le directeur de l’usine, lui, a disparu et PSA lui aurait retiré tous ses pouvoirs.

En parallèle, une réunion avec les syndicats Aulnay se déroule à Poissy. Suite à cette rencontre, PSA annonce dans une note qu’elle « renonce a toute sanction disciplinaire pour les événements du 16 et 17 octobre 2012 ».

Le 18 octobre : l’assemblée générale réunit entre 100 et 150 salariés pendant presqu’une heure. Sera-t-elle payée ? La réponse ne devrait pas tarder.

Vu comment la direction joue avec le feu, il y a fort à parier que de nouveaux incidents puissent se produire. Elle semble, selon mes informations, entretenir un climat de peur. Ainsi, elle aurait recommandé aux cadres ne plus porter de cravate. Ne riez pas ! Elle explique que cette mesure a pour but « de ne pas se faire attraper par la cravate ». Pour les techniciens et agents de maîtrise, la consigne serait de ne pas se rendre seul dans l’atelier « pour ne pas être en danger »… Toujours en direction des cadres, techniciens et agents de maîtrise, les recommandations suivantes seraient envoyées : « Si un matin en arrivent à l’usine, vous estimez être mis en danger par des grévistes, vous appelez votre responsable au téléphone et vous rentrez chez vous. ». Vieille stratégie de division de la classe ouvrière, chère au patronat. Qu’on se rassure, les cadres, chefs d’équipe et autres techniciens seront licenciés quand même.

Pour information, de source gouvernementale, PSA aurait perçu ces dernières années quelque 4 milliards d’euros d’aides publiques sous diverses formes. L’argent du contribuable a été visiblement bien utilisé. 

 

Pour en savoir plus

Journaliste de métier avant de devenir blogueur, je propose d’écrire un vrai reportage sur le thème « 24 heures avec un ouvrier de PSA Aulnay ». Ce sujet serait publié sur le site Médiavox, auquel je contribue en tant qu’éditorialiste. Le principe est simple : on s’inscrit, on choisit le sujet qui nous intéresse et on le finance.

Après étude, le sujet que je propose reviendrait au total à 243 euros. Donc, si vous voulez, ça se fera. Sinon, cela restera une de mes bonnes idées. Pour voter et participer, c’est là que ça se passe.

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Bonus vidéo : Yeah Yeah Yeahs « Heads Will Roll »