Vous l’avez peut être remarqué, je m’intéresse à ce que nous, à gauche, appelons les quartiers populaires. Cela m’est d’autant plus naturel que c’est quand même de là d’où je viens. Au départ. La question est quelque peu délaissée ces derniers temps par les politiques, dans leur majorité. Je suppose que la complexité des quartiers populaires – qu’il convient d’envisager sous les aspects sociaux, économiques, culturels mais aussi urbains, entre autres – effraie un peu. D’autant que, pour faire bien, l’orthodoxie budgétaire rime mal avec réintégration des périphéries de la France dans la collectivité nationale. Tout ça pour vous expliquer, dans le fond, pourquoi je suis allé assister aux Universités d’automne de la Fédération nationale des Maisons des potes.

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Du jeudi 4 au samedi 6 octobre, à Belleville, les « Potes » ont organisé une série de débats, autour des dix propositions formulées par la fédération à l’occasion de la campagne électorale. Pas cons les camarades : c’est clair que c’est plus facile de se faire entendre pendant une campagne qu’en période « creuse ». Sauf que, aujourd’hui, ils font l’expérience du renoncement. J’explique : eux ne renoncent à rien ; ils avaient formulé la revendication d’anonymiser les demandes de HLM pour garantir une égalité de traitement ; dans le projet de loi présenté par le gouvernement sur le logement social, ce qui devait être relayé par la loi a disparu… Autant dire que les « Potes » l’ont un peu amère. Peut être que, ce matin, après le passage de François Lamy, ministre de la Ville, le samedi matin, ils l’ont encore un peu plus.

La fédération des Maisons des Potes lutte en effet pour l’ouverture des emplois publics aux étrangers non communautaires, nombreux dans les quartiers populaires. François Lamy a élégamment botté en touche sur le thème : « L’ouverture des emplois publics n’est pas ma priorité, c’est plutôt celle des emplois marchands », ce qui a choqué plus d’un dans la salle. En témoigne cette intervenante : « J’ai été choquée d’entendre de votre bouche que la lutte contre la précarisation des emplois publics n’est pas votre priorité ». En privé, un militant de la « fédé » me glisse : « C’est le roi de la langue de bois ».

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Alexis Corbière lors de la table ronde sur la laïcité

De langue de bois, pourtant, il n’a jamais été question au fil des deux jours et demi de débats. En témoigne les échanges vifs, ponctués de hués parfois, qui ont émaillé la table ronde sur la laïcité, à laquelle participait mon ami Alexis Corbière. Il faut reconnaître qu’utiliser la laïcité pour mener une offensive contre les religions, comme l’a fait la sénatrice Laurence Rossignol, était un peu déplacé. Même pour le bouffeur de curés que je suis. La laïcité, comme l’a rappelé Alexis, c’est aussi la protection de la liberté de croire. Cela dit, les échanges ont loin d’être été aussi violents que le met en scène Sylvia Zappi dans un article de l’Immonde.

A tout le moins, personne n’a cherché à complaire à l’autre et les débats ont été clairs. Pour le pégiste que je suis, le clivage n’est jamais mauvais qui permet d’y voir clair dans les positions de chacun. Et comme les propositions portées par les Maisons des Potes ne sont pas forcément de celles qui font consensus, c’était bien. La qualité des débats était à la hauteur. Les intervenants aussi même si… Ma vieille complice Marie-Christine, de la Maison des Potes des Bouches-du-Rhône, me confie en aparté : « C’est bien d’avoir des discours de haute volée comme ça mais, vache, faudrait qu’on puisse comprendre des fois. Je trouve que c’est un poil élitiste quand même ». Quand je vous dis que les « Potes » n’ont pas leur langue dans leur poche.

François Lamy, un ministre interpellé par les « potes »
(photo : Pote à Pote)

Faut dire qu’à force de voir les quartiers populaires faire les frais des politiques austéritaires, il y a de quoi en avoir gros. Au point que, des fois, on en vient à se dire que, foin des dispositifs dérogatoires, dans les quartiers, on voudrait bien avoir accès au moins au droit commun, c’est à dire à la loi de la République. Que ce soit en matière d’emploi, de logement, d’éducation, d’éducation populaire, de culture… Ma camarade Leïla Chaïbi, secrétaire nationale du PG en charge de l’abolition du précariat, s’est taillé un joli succès en expliquant que la position du Parti de Gauche est justement celle-ci. On l’a juste dit et répété pendant toute la campagne, nous n’essayons pas de nous faire des potes. Après, quand Samuel Thomas, président des Maisons des Potes, affirme : « Nous reprenons la proposition formulée par Leïla Chaïbi d’augmenter de 50 % les crédits alloués aux lycées professionnels », c’est comme si on nous faisait un cadeau.

L’amie Danielle Simonnet a participé à la table ronde pour construire l’égalité des droits en faveur des travailleurs sans papiers aux côtés du camarade Raymond Chauveau, coordinateur du secteur à la CGT. L’occasion de rappeler notre exigence commune, avec les « Potes », d’une régularisation de tous les travailleurs sans papiers. Il y a eu bien d’autres sujets et des débats très riches. Notamment sur la question féministe. La synthèse sera publiée dans le journal Pote à pote, dans sa prochaine édition. Je suis loin d’avoir perdu mon temps jeudi et vendredi. Et quelque chose me dit qu’on aura l’occasion de reparler de tout ça bientôt.

Danielle Simonnet et Raymond Chauveau pendant la table ronde sur les travailleurs sans papiers

 

 

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Bonus vidéo : Les Thugs « New Day »