C’est finalement bien difficile de tenir son propre programme. J’avais prévu, ce lundi matin de rentrée, de vous présenter des vœux – pas trop politiques – pour l’année 2013, sur le thème qui m’est cher : n’attendez rien du ciel, de la fatalité, de l’inéluctable ; faites ce que vous avez à faire pour que cette année soit vôtre. Je voulais commencer gentiment, en parlant de moi pour parler de nous, les deux étant intimement liés. Ca avait comme but d’être doux en ces premiers jours de janvier ; il fait frais dehors à défaut de faire froid ; le café réchauffe et nous sommes quelques-uns à garder en tête et dans le corps les images réconfortantes des bons moments passés avec nos amis, nos familles, nos proches…

2013 année rouge

Bien sûr, dans mon milieu, il est de bon ton de dégoiser sur le caractère consumériste de ces fêtes ordonnées où l’abondance doit régner dans une égoïste indifférence aux souffrances du monde. Mais bon… En vrai, nous sommes la plupart à profiter de cette pause bienvenue, au prétexte de la naissance d’un futur prophète barbu et adepte du barefoot sur les eaux du Jourdain. Me soit permis, à propos, d’inviter les Parisiens et Banlieusards comme les Provinciaux de passage à aller voir la belle mais incomplète exposition Dieu(x), modes d’emploi au Petit Palais.

Voilà donc que je voulais vous dire ce matin : « Je ne vais pas vous souhaiter une bonne année 2013 ; je souhaite que vous fassiez de 2013 une très belle année ». C’eut été l’occasion de rappeler que nous avons une responsabilité individuelle fondamentale dans le devenir du collectif humain auquel nous appartenons. Nous aurions pu, en commentaires, avoir un débat passionnant sur les liens entre collectif et individu, avec citations de Marx, Bakounine, Louise Michel, Stirner, Lénine… Nous en serions sortis un peu plus intelligents ensemble.

diner des philosophes

Las… Pour que cela fonctionne, il aurait fallu que j’accepte d’écrire ces mots quelques jours plus tôt, plutôt que de courir les expositions après avoir décrété unilatéralement que, merde, les fêtes de fin d’année étaient synonymes de congés que j’estime bien mérités, que ces acquis de la classe ouvrière j’allais en profiter avec la femme que j’aime. Du coup, je me rends bien compte que je suis en décalage vis-à-vis de la plupart d’entre-vous.

Mes potes blogchéviks ont, eux, repris la plume depuis un bail. Certains ne l’ont pas même lâchée durant la trêve des confiseurs. Faut dire que ces dernières semaines, nous avons eu du mal à garder dans nos estomacs les bons mets que notre gourmandise (on est militant, on n’en est pas moins amateur des bonnes choses de la vie – au contraire même) y avait placés. Nous a éclaté à la gueule (enfin… je dis « nous » au sens large, parce que nous, les gauchistes, on le sait depuis longtemps en vrai) la vulgarité, l’obscénité, l’horreur des riches. Sans avoir besoin de lire les Pinçon-Charlot, voilà leur arrogance, leur veulerie, leur vilenie qui nous arrivent tout droit dans la face comme une gerbe de vomi. Il y a Depardieu, évidemment, j’y reviendrai dans les heures qui viennent parce que ça me permettra de causer de la Russie et de la haine du peuple.

quand les riches volent les pauvres

Ça rend fou cette affaire des riches. Sur L’Art de la manière qu’il tient avec talent et avec Florian, Romain résume bien ce que je ressens, là en ce moment et qui vous a valu quelques envolées rageuses quelques heures plus tôt :

Je sentais déjà cette bosse au niveau de la carotide, celle qui accumule la frustration de ne pas pouvoir tabasser quelqu’un à mort. J’ai déjà deux doudous qui y sont passés. Dans mon sommeil, je rêve que j’étrangle l’amas graisseux qui se dessine sous le chapeau haut-de-forme de ces connards.

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Et ce n’est pas fini, faut pas croire. Parce que, pendant que l’ami Gauche de combat publie la cartographie de la pauvreté en France ; pendant que l’on compte 1.500 chercheurs d’emploi de plus chaque jour ; mon poteau pour de vrai Syd interroge « 2013 comme 2012 année des riches ? », la réponse est bien évidemment contenue dans la question. Je vais tâcher de me retenir de tacler à la carotide les benêts qui nous servent de gouvernants, Alain l’a déjà bien fait dans les colonnes de L’Etang moderne, vu qu’ils ne sont pas même capables de s’accorder sur une réformette plus symbolique qu’autre chose mais bel et bien retoquée par le Conseil constitutionnel. Sur ce sujet, je vous invite à jeter un oeil attentif à la métaphore footballistique de mon voisin Rue Affre. Du coup, mon ami et néanmoins voisin lui aussi, que j’espère bien traîner voir Killing Joke, Des Pas perdus peut interroger « 2013, année du désenchantement ou du changement ? ».

Là, la réponse n’est pas contenue dans la question. Elle est plutôt à chercher dans mes vœux : 2013 ne sera que ce que vous en ferez. Mais c’est déjà énorme !

Honore Daumier - The Uprising (L'Emeute), 1848

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Bonus vidéo : Motorhead « Eat The Rich »