Ah les Rroms et la rue Paul-Bert à Montreuil… Je suis parti en vacances la semaine passée et je n’ai cessé de recevoir textos, messages, courriels sur le sujet. Mon ami Rémi Vincent de Toulouse m’a interpellé sur le sujet ; mon camarade Eric Bourguignon, militant du PCF et animateur du Front de Gauche en Allemagne, s’est ému d’un communiqué du MRAP sur le sujet ; d’autres encore ont sollicité mon avis. Je me suis donc plongé dès hier dans ce dossier, pour tenter de comprendre ce qu’il en est et délier ce qui relève de la basse politique politicienne à base d’injonctions paradoxales et ce qui relève du fond.

camp-de-roms-à-Montreuil-300x225 Roms à Montreuil

Appartenant à un parti qui ambitionne d’exercer le pouvoir, engagé dans une dynamique conquérante à Montreuil, je vais tenter ici de répondre à vos questions sur le fond. Vous me direz alors si je mérite l’anathème « xénophobe » délivré par d’aucuns ou si Dominique Voynet répond à l’image de « seule maire qui tente de faire des choses pour les Rroms ».

Rappel des faits donc. La municipalité EELV de Montreuil a décidé d’installer, rue Paul-Bert, une allée pas si large que cela, 27 algecos (!) pour accueillir un village d’insertion à destination des Rroms. Sachons, pour la bonne compréhension du sujet, que la rue Paul-Bert concentre déjà une population passablement fragilisée. Ceci explique, peut-être, pourquoi aucune concertation n’a été menée par la municipalité préalablement à l’implantation des algecos. A ma connaissance, aucune concertation n’a été réalisée avec les Rroms non plus. Selon mes informations, l’association La Voix des Rroms a exprimé, pas de manière publique je le regrette, des réticences sérieuses quant au projet de village Rrom rue Paul-Bert.

Pour les Rroms aussi un toit est un droit

On peut comprendre pourquoi l’association a été réticente : ajouter brutalement de la misère à la misère, c’est le meilleur moyen d’alimenter le rejet de l’autre. C’est d’ailleurs pourquoi les élus du PCF, du Parti de Gauche, du Rassemblement de la Gauche citoyenne ainsi que ceux du Renouveau socialiste montreuillois se sont abstenus sur le projet de la rue Paul-Bert. Alors que les mêmes ont soutenu un projet similaire rue Emile-Zola… Désolé de ne pas donner suite aux tentatives de manichéisme politicien. Précisons enfin qu’il est étonnant, en République française, de faire construire des logements mêmes précaires, même à la limite de la décence, à destination d’une seule catégorie de la population, qui plus est identifiée par ses origines géographiques et culturelles…

Ce qui devait arriver est donc advenu : la brutalité de la municipalité a généré des manifestations hostiles d’habitants de la rue Paul-Bert. Des propos haineux ont pu être tenus ça et là. Je les condamne avec la plus grande fermeté ! Cédant à la sollicitation de son adversaire mais complice en la matière, l’ancien premier magistrat a bien voulu faire ce que Dominique Voynet attendait de lui pour cliver un dossier à des fins politiciennes. Ce faisant, tous les deux ont permis de détourner l’attention des citoyens des exactions menées par la municipalité de Montreuil à l’endroit du personnel communal et notamment des agents du cinéma municipal Le Méliès. Je veux, à ce stade, préciser une chose : jamais mon ami le conseiller général Belaïde Bedreddine n’a, lui, tenu de propos haineux ou xénophobes. J’en profite pour, publiquement, lui manifester mon soutien le plus entier, mon respect et lui renouveler mon affection.

Les Rroms continuent d'être expulsés

Voilà pour les faits. Maintenant, prenons de la hauteur. En premier lieu, je constate que le gouvernement PS-EELV n’a toujours pas réalisé l’abrogation des mesures transitoires pour ces citoyens européens que sont les Rroms, en leur permettant un libre accès à l’emploi et au droit à un habitat digne pour tous par la construction massive de logements accessibles. J’ai cherché, je n’ai rien lu sur le sujet de la part de la maire de Montreuil. Je n’ai rien trouvé non plus qui exprime la condamnation par madame Voynet des rafles de Rroms réalisées sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Pas plus que je n’ai trouvé d’écrits quant à la nécessaire solidarité régionale dans le dossier Rroms. Même si les statistiques sont difficiles à obtenir, il apparaît que les deux tiers des Rroms vivant en Île-de-France sont concentrés en Seine-Saint-Denis, le reste se répartissant entre l’Essonne et le Val-de-Marne.

Voici ce dont personne n’a parlé jusqu’à présent. Je trouve cela extrêmement dommageable. Force est donc de constater que l’approche des municipales amène des forces politiques à tomber le masque de la décence pour exploiter, à des fins politiciennes, la détresse humaine. Cela est le plus odieux du dossier de la rue Paul-Bert. Je suggère à mes amis de réfléchir à deux fois avant de se jeter dans la surenchère. Si mes informations sont bonnes, le bilan de la MOUS Rroms à Montreuil n’est pas des plus glorieux et devrait justifier une critique salutaire. Encore plus quand le représentant mandaté par la majorité municipale y dort.

Expulsion du camp de Roms à côté de la halle Marcel-Duffriche

Cela dit, l’indignation est un peu à géométrie variable quand on parle des Rroms à Montreuil. Je me souviens que, dans l’indifférence quasi générale, les occupants du camp de Rroms à proximité de la halle Marcel-Duffriche ont été expulsés manu militari en novembre 2012 pour faire place nette avant l’ouverture du salon du livre de jeunesse…

Algecos rue Paul-Bertà Montreuil
Les algecos de la rue Paul-Bert installés à 3 mètres d’un mur, ou comment entasser les pauvres sur les pauvres.

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Bonus vidéo : The Weathermen « Poison (Lethal Mix) »