Attention, dossier explosif ! Jeudi et vendredi, à l’occasion d’une nouvelle conférence sociale, le gouvernement va lancer sa réforme des retraites. Le Premier ministre et la ministre en charge du dossier, Marisol Touraine, observent un silence prudent sur le dossier, renvoyant aux discussions à venir et aux pistes dévoilées par le rapport de la conseillère d’Etat Yannick Moreau, remis le 14 juin dernier. Pour la majorité en place, il s’agit de « sauver notre régime de retraite par répartition », rien moins. Dans ce dossier hautement politique, les syndicats avancent déjà en ordre dispersé sous le regard attentif de la Commission européenne.

Métro boulot caveau non merco

Ce sont en effet les commissaires européens qui sont à l’origine d’un bouleversement du calendrier. Initialement, le gouvernement avait prévu une concertation tranquille début 2014 avec prise de décisions et vote après les élections municipales. Le caractère sensible du dossier justifiait d’éviter de froisser une partie de l’électorat à l’approche d’un scrutin à hauts risques pour la majorité. La déculottée de ce week-end à Villeneuve-sur-Lot rappelle combien le Parti solférinien est en danger. Las, si François Hollande a bien obtenu que le déficit public français soit ramené en dessous de la barre des 3 % du produit intérieur brut en 2014, la Commission a exigé des contreparties. L’adoption de la réforme des retraites avant fin 2013 figure donc dans les « préconisations » de Bruxelles pour la France.

Le débat sera donc mené tambours battants. Dans un entretien accordé à l’Express, le patron de la CFDT, Laurent Berger, annonce qu’il sera mené en trois mois, donc pendant l’été. Autant dire en catimini. Cette perspective provoque déjà la colère d’un Front de Gauche très uni sur ce dossier. « Nous n’accepterons pas une réforme à marche forcée », a ainsi prévenu Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. La CGT appelle, elle, déjà à la mobilisation le 19 juin, avant même la tenue de la conférence sociale, espérant placer la rencontre « sous la pression des salariés ».

Pour nous la retraite c'est 60 ans

La CGT estime en effet que les propositions du rapport Moreau « font la part belle au MEDEF ». Allongement de la durée de cotisation jusqu’à 44 ans (contre 42 annuités aujourd’hui), recul de l’âge de départ en retraite, désindexation de l’évolution du montant des pensions sur le coût de la vie font en effet partie des pistes que l’ex présidente du Comité d’orientation des retraites (COR) propose d’explorer. La droite ne s’y trompe pas qui réclame, par la voix de Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, le départ à la retraite à 65 ans. Marisol Touraine tente de déminer le terrain, en précisant que ces pistes « ne sont pas cumulatives » et qu’elle souhaite que « tout le monde » (actifs et retraités, salariés et employeurs) participe.

Pour les spécialistes du dossier, comme Bernard Teper, il n’y a pas de rupture entre la réforme annoncée et les précédentes réformes, au nombre de 5 en 20 ans. Un point de vue partagé par le Parti de Gauche qui précise dans un communiqué : « Comme Sarkozy, Hollande veut qu’on « travaille plus longtemps » et veut baisser les pensions Il est d’accord avec le MEDEF pour que les retraites complémentaires soient augmentées moins vite que les prix ! Et il veut étendre cette régression aux pensions de base. » Au final, et pour la part qui me revient, la réforme que prépare le gouvernement solférinien n’a d’autres buts que de contraindre insidieusement celles et ceux qui le peuvent à opter pour une retraite par capitalisation.

60 ans à taux plein

Même au sein de la majorité, le dossier est sensible. Au sein d’Europe Ecologie-Les Verts,où il fait débat, le conseil fédéral (le « parlement » du parti) réuni le 25 mai dernier a demandé au gouvernement de veiller à ce que la réforme se fasse « dans la justice ». La gauche du parti socialiste, dopée par sa victoire relative à l’occasion de la Convention sur l’Europe, affute déjà ses armes. Gérard Filoche, un de ses porte-paroles, a déjà dégainé sur son blog sur le thème « pour vivre plus longtemps, retraite à 60 ans ». Le défenseur des 37,5 annuités de cotisation pour une retraite à taux plein explique : « La retraite ne pèse guère dans la « dette ». En fait la retraite c’est du salaire ! »

La future réforme des retraites va donc constituer le point de clivage entre les tenants de la ligne austéritaire et l’autre gauche. Si chacun passe des mots aux actes, ce dossier pourrait voir le premier recul du gouvernement depuis juin 2012 malgré des lignes de faille bien trop apparentes.

Sans commentaire

Pour conclure, je veux prendre le temps de rappeler les pistes défendues par le parti socialiste en matière de retraite en 2010, lors de la précédente attaque sur ce secteur qui représente 25 % de la dépense publique et 13,8 % du produit intérieur brut chaque année :

  • le PS affirme qu’une éventuelle augmentation de la durée de cotisation serait « injuste » pour les salariés ayant commencé à travailler jeunes. Si un allongement de la durée de cotisation devait se produire, il ne devrait pas excéder la moitié des gains d’espérance de vie : un an de vie en plus représenterait donc six mois de travail et six mois de retraite supplémentaires ;
  • outre une légère augmentation des cotisations, le Parti socialiste envisage de taxer les revenus du capital. Les bonus, les stocks-options, les plus-values, et les banques sont également envisagés comme des sources possibles de financement par un système de taxes.

Blocage du dépot de carburant de Grigny contre la réforme des retraites 2010

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