Alors que les débats sont vifs entre trois têtes de réseau numériques autoproclamées sur la stratégie à choisir pour les élections municipales, nous autres militants de terrain avons choisi le travail sérieux, argumenté, posé en ateliers lors du Remue-Méninges du PG et des Estivales du Front de gauche. Je l’ai raconté hier, je ne vais pas me répéter. Ce qui est dommage – stupide serait un mot plus adapté dans le fond -, c’est que ces échanges sont l’occasion de saillies anti-PCF. Personne ne tire dans le dos de personne, nous prenons juste le risque de nous tirer collectivement des balles dans le pied.

pauvreté

Il faut aussi préciser que les militants formés et de terrain ne se laissent pas entraîner sur cette pente savonneuse pas plus que les dirigeants de quelque parti membre du Front de gauche n’alimentent ce qui serait une terrible machine à perdre. Il ne s’agit que de quelques actes isolés auxquels je veux pourtant donner ma réponse, parce qu’au fond ils posent des questions justes derrière des vocables inadaptés car porteurs de division.

J’ai écrit dans Regards qu’on ne peut pas « ouvrir le débat sous conditions, à condition de rompre ». J’enfonce le clou : on ne peut pas débattre avec ses camarades du Front de gauche avec un pistolet sur la nuque. Pendant ce temps, pendant que nous débattons du sexe des anges, la contre-réforme des retraites avance et le mouvement social se demande bien quelle force politique sera en capacité de se battre contre elle. De son côté, Solférino se réjouit de voir ses manœuvres si bien réussir. Parce que les seuls qui ont intérêt à ce que le Front de gauche se mange le foie, ce sont bien les occupants de la rue de Solférino qui peuvent préparer leur attaque contre les municipalités Front de Gauche. Tant que nous regardons nos petits nombrils, ils peuvent en plus asséner en douce tous les coups de poignards dans le dos de la classe ouvrière.

Mobilisation contre les expulsions locatives dans le 20e arrondissement de Paris

Du coup, me revient cette question de fond : pourquoi s’engager en politique ? A un moment donné, il convient de repartir des fondamentaux quand la situation est complexe. Donc, je vais vous dire pourquoi moi, je me suis engagé en politique. J’appartiens à cette minorité de la gauche en général et de mon parti en particulier qui se définit comme fondamentalement révolutionnaire. J’entends contribuer à abattre le capitalisme, porteur d’inégalités et de misère pour le plus grand nombre, et le remplacer, à la fin, par une société sans classe et sans état. Mais, mon engagement est d’abord produit par le refus de la misère, de la précarité, de la casse systématique des conquêtes sociales de la classe ouvrière organisée. La vision d’une personne réduite à la mendicité m’arrache le bide. Voir la vie de milliers d’ouvriers condamnée à l’impasse après la fermeture d’une usine me bouleverse.

Et, là, il n’y a pas moyen d’attendre que la révolution advienne. Nous n’avons pas le temps. C’est en ce moment qu’un nombre croissant de personnes dans ce pays voient leurs conditions de vie se dégrader. La politique du gouvernement solférinien, dont le discours du Bourget nous annonçait une rupture, se traduit – concrètement – par une aggravation de la précarité, un recul du pouvoir d’achat, un approfondissement de la misère. Quel que soit le mode de calcul auquel les observateurs fassent référence, le taux de pauvreté continue de progresser et ce sont, selon les critères que moi je retiens, plus de 8 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté dans notre pays. Voilà en quelques mots ce contre quoi je me bats. Je suis marqué du sceau de l’urgence. Sans que cela ne me fasse perdre de vue qu’il faut bien en finir avec le capitalisme. Comme le dit Edgar Morin, il s’agit de « ne pas sacrifier l’essentiel à l’urgence mais obéir à l’urgence de l’essentiel ».

pauvreté et inégalités en France

A partir de ce constat raisonné, il me semble vital, pour donner du crédit à nos idées et donc à notre programme, de faire la preuve par l’exemple au quotidien de notre capacité à changer radicalement la donne. C’est pourquoi chaque scrutin constitue un enjeu. Un élu, même local, c’est une capacité d’action au quotidien autant qu’un haut-parleur extrêmement efficace. Des élus plus nombreux, c’est maximaliser notre aptitude commune à soutenir les luttes sociales, à répondre à l’urgence politique. C’est pourquoi nous nous fixons, collectivement, au Front de gauche, l’objectif de la prise de pouvoir. Donc de passer de 11 % à 51 %. Je refuse d’appartenir à une organisation qui se fixerait comme objectif politique que de témoigner de la dureté de la vie.

J’assume d’écrire que le meilleur moyen d’y parvenir n’est pas la compromission. Je défends l’idée que le meilleur moyen de conquérir le pouvoir, afin de changer vraiment les choses, c’est le rassemblement sur des bases politiques claires : refus de l’austérité, hausse du pouvoir d’achat donc des salaires, lutte contre les licenciements boursiers, refus de la casse du système solidaire de protection sociale donc de la retraite… Ce rassemblement, nous devons le construire sur la base d’un rapport de forces politique avec – donc contre – la politique menée par le parti solférinien. Au sein du Front de gauche, cette idée fait l’unanimité. Nous différons sur le calendrier. Je me bats pour construire ce rapport de forces dès le premier tour des élections municipales.

Centre communal d'action social

Est-ce que cette différence de calendrier justifie l’anathème entre nous ? Si nous repartons de la recherche de l’efficacité en politique, si nous refusons la politique du simple témoignage, alors je pense que les voies d’un dialogue exigeant entre nous sont réunies.

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Bonus vidéo : Vicéral « Les Mains dans la merde (feat. Brig’nte insatiable) »