Par Arthür Fontel

Choisir un nom, au hasard pour un blog, ça n’est pas anodin. Au-delà de la recherche de quelque chose de percutant, on voudrait résumer le projet qui nous pousse à écrire en quatre ou cinq mots maximum. Je me pose souvent la question : aurais-je ce lien si privilégié avec ce blog et son auteur s’il avait eu un autre nom que Le Cri du peuple ? Ce nom qui sonne comme une connivence, comme une invitation à un esprit de camaraderie tant politique que simplement humain.

Le Cri du peuple Tardi et Vautrin

Ma première rencontre avec Le Cri du peuple remonte à un passage devant la vitrine d’une librairie, il y a quelques années. Le titre m’avait tapé dans l’œil, ça sentait la révolte à travers les murs. Et puis ce dessin accrocheur, cette couverture en noir et blanc parsemée de rouge. Avant même de prendre l’album de Jacques Tardi dans les mains, j’étais conquis.

Je ne connaissais quasiment rien de la Commune de Paris, quelques détails anecdotiques. Une histoire de canons, de défaite de Sedan, une semaine sanglante et une cathédrale laide autant qu’expiatoire. À l’école, je n’en avais pas tellement entendu parler. J’avais retenu d’une discussion avec un connaisseur de cette période que le pouvoir bourgeois avait tellement eu la trouille qu’il s’était écoulé une centaine d’années avec que Paris ait à nouveau un conseil municipal, quelque chose ressemblant de très loin à ce que fut la Commune.

Jules Vallès par Tardi

Je repense à ce jour-là, avant que je ne découvre que Le Cri du peuple de Tardi était une adaptation du roman homonyme de Vautrin. Bien avant que je ne découvre que ce titre faisait lui-même référence au journal créé pendant la Commune par Jules Vallès. J’ignorais que Jean Vautrin s’inspirait largement du récit que Vallès fait de la Commune dans L’Insurgé, le dernier volume de son triptyque autobiographique. Tout cela, je l’ai découvert à rebours de ma lecture des quatre volumes qui composent l’adaptation dessinée.

C’est grâce à celle-ci que je suis entré de plain-pied dans une période trop méconnue de notre Histoire, et pour cause ! Qu’elle est peu flatteuse pour le pouvoir bourgeois, cette trop courte expérience de la Sociale ! Ceux qui vitupèrent contre le régime soi-disant sanguinaire de la Terreur de l’an II se gardent bien de se vanter des exactions commises lors de la Semaine Sanglante, semaine tragique qui signe la fin de cette expérience.

Au mur des Fédérés en 2012

Mais ce n’est pas cela que je veux retenir de ce qu’ont vécus mes ancêtres les communeux. Dans Le Cri du peuple de Vautrin et Tardi, je retrouve ce procédé scénaristique que j’aime tant quand il est utilisé avec talent. Une fiction, finalement secondaire, s’implante dans le décor créé par mes camarades du 18-Mars, nous évitant une narration linéaire potentiellement rébarbative. Subrepticement, les auteurs nous déplacent d’une intrigue criminelle, d’un scénario de vengeance, pour nous montrer la vie de la Commune, cet élan porté par des noms illustres tels Vallès ou Louise Michel, mais surtout par la horde de ceux qui n’ont rien et qui subitement caresser l’espoir d’être leurs propres maîtres, les maîtres d’une vie qu’ils auraient choisi.

Ce n’est pas seulement l’anecdote amusante des multiples surnoms donnés à l’ignoble Thiers (mon préféré restant le très sobre « Foutriquet »), c’est le tableau d’une classe ouvrière qui, l’espace de quelques semaines, caressa l’espoir de réaliser notre rêve d’une société enfin faite de liberté et de justice. Jamais le peuple Français ne fut si proche de donner corps à notre utopie. Jamais plus il ne l’a été.

Jacques Tardi

C’est pourquoi, qu’on soit spécialiste de ce moment fort de l’Histoire de la classe ouvrière ou bien, comme moi, un simple profane curieux, il est indispensable de lire Le Cri du peuple de Vautrin et son adaptation par Tardi.

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Sur le même sujet :  Commune de Paris, repartons à « l’assaut du ciel » ! par Nathanaël.

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Bonus vidéo : OPA « La Semaine sanglante »