D’Europe et de gauche. Yanis Varoufakis, ancien ministre grec de l’économie et des finances, a créé, après la crise qui a frappé son pays en 2015 le Diem25, mouvement pour la démocratie en Europe. A l’issue du référendum grec du 5 juillet 2015, l’injonction paradoxale que constituait le refus du mémorandum mais aussi le refus de quitter l’Europe, dans un rapport de forces défavorable à la gauche, a créé une impasse. L’initiative Diem25 constitue une réponse à l’échec qu’a connu le gouvernement mené par Alexis Tsipras face à l’Union européenne  d’une part et à l’incapacité des gauches européennes à construire un rapport des forces à l’échelle du continent.

A l’occasion de sa venue à la fête de l’Humanité 2016, et avant sa conférence sur le stand de Diem25, je l’ai rencontré afin, entre autres, de poursuivre un dialogue avec Coralie Delaume.

Yanis Varoufakis sur le stand de Diem25 à la fête de l'Humanité. (Photo (c) Stefanie Lebowski)
Yanis Varoufakis sur le stand de Diem25 à la fête de l’Humanité. (Photo (c) Stefanie Lebowski)

Le Cri du peuple : Qu’est-ce donc que ce Diem25 ? Un mouvement ? Une association ? Un parti politique ?

Yanis Varoufakis : Diem25 est clairement un mouvement politique unique, transnational à l’échelle européenne. Notre but est de réorienter l’Europe, donc de la réformer de manière radicale jusqu’à sa refondation. Diem25 n’est pas une confédération car nous n’avons pas un regroupement d’organisations nationales. Nous avons l’ambition d’agir afin de fournir à d’autres partis et organisations une infrastructure et un agenda proprement européens. Ce n’est pas l’Europe le problème, c’est l’orientation politique qui est en œuvre. Elle nous place dans une situation proche de celle que nous avons connue dans les années 30 avec la montée des nationalismes, de la xénophobie, du repli sur soi. Nous voulons contribuer, en développant un programme progressiste et international pour l’Europe, à prévenir ce glissement vers les abysses.

Mais ce travail aurait dû être mis en œuvre par les partis de la gauche en Europe, tels que le parti de la gauche européenne (PGE) ou le parti des socialistes européens… Vous dressez donc le constat de leur échec.

Ces organisations ont en effet échoué parce qu’elles sont, finalement, des alliances de partis nationaux. Elles reposent sur des compromis bâtis à partir de préoccupations nationales parfois antagonistes. Elles englobent des partis qui peuvent connaître des succès dans leur pays mais qui n’ont pas de vision européenne, de programme proprement européen, de récit à l’échelle du continent. C’est le cas de Podemos, par exemple. Pendant ce temps, le capitalisme opère de manière unie, comme un acteur cohérent et unique. Nous devons agir de la même manière.

Le drame de la gauche, le hiatus de sa pensée, est là : la politique se définit encore dans l’espace national quand l’économie se conçoit et se développe à l’échelle supranationale. Cela s’appelle la mondialisation, la globalisation.

Nathanaël Uhl et Yanis Varoufakis

Comment se fait-il que ces partis, issus de la grande famille socialiste au sens historique du terme, donc internationalistes, aient ainsi oublié cette dimension dans la définition de leur agenda politique ?

Il y a eu une période politique durant laquelle le socialisme dans une période était possible ou il était possible de construire un projet progressiste dans un cadre strictement national. C’est par exemple le cas avec la mise en œuvre, en France, du programme du conseil national de la résistance. Cette période est révolue.

Plus globalement, nous nous retrouvons, en termes de pensée, dans un espace assez similaire entre l’éclatement de la IIe internationale, marqué par le repli national des partis socialistes d’alors, et la naissance de la IIIe internationale.

Pourtant, Marx, dès le début, avait posé que la vision et l’action devaient se développer à l’échelle internationale. Il faut donc en revenir à Marx.

Propos recueillis par Nathanaël Uhl